David Fossé : « se poser sur Titan, ça ne sert pas à grand chose, si ce n’est à nous faire rêver »

Les propos sont signés David Fossé, journaliste scientifique et rédacteur en chef adjoint du magazine Ciel et espace. Invité à la table ronde du Labo des savoirs, il est revenu sur les raisons du lancement de la mission américano-européenne Cassini-Huygens.

« Je milite pour défendre l’idée que tout ça ne sert à rien. Que l’exploration de l’espace, se poser sur Titan, ça ne sert pas à grand chose, si ce n’est à nous faire rêver. »

Si certains espèrent trouver dans l’espace une forme de vie, d’autres y voient un terrain d’innovations pour nos industries. David Fossé, comme d’autres passionnés d’astronomie, préfère évoquer le moyen de « partager une aventure avec le plus grand nombre » ou encore « un moteur puissant de l’humanité d’aller toujours découvrir de nouvelles terres, de nouveaux endroits ».

Bien sûr, pour ce rédacteur en chef adjoint du magazine scientifique Ciel et espace, la découverte est aussi une – si ce n’est LA – priorité. La mission Cassini-Huygens devait alors enrichir les résultats obtenus par Voyager quelques années plus tôt. Pour les fans d’Alexandre Astier, Voyager, ce sont les deux sondes portant (aux extraterrestres) un message devant indiquer l’existence humaine, grâce à la plaque de Pioneer.

« L’intérêt des instruments embarqués sur Cassini c’est d’avoir pu traverser, percer, cette couche opaque et enfin révéler des paysages très surprenants. Et quand Huygens se pose, on voit quelque chose qu’on a jamais vu. »

Le programme d’exploration robotique Voyager, lancé en 1977 pour étudier les planètes extérieures du système solaire, avait déjà aperçu Saturne. Ils ont rapporté des informations sur son système gazeux, sa magnétosphère, et sa rotation.

En comparaison, Cassini-Huygens a en effet apporté beaucoup plus de matières aux scientifiques, notamment sur ses satellites Titan et Encelade. Mais tout ça pour quoi ?

Les découvertes spatiales ont souvent eu des retombées économiques. Les industriels s’en sont souvent inspiré. Parce qu’on connaît mal ce qui attend les astronautes là-haut, les systèmes mis au point sont souvent des innovations scientifiques ensuite reprises et transformées à destination du grand public. La boutade de Florence Porcel et de l’empaquetage des chips en est l’exemple typique.

La recherche spatiale : « un rêve qui nous projette, pour finalement nous ramener sur Terre »

Pour Vincent Minier, astrophysicien au CEA, chercheur associé en épistémologie à l’Université de Nantes et président de l’association ExplorNova studio, l’argument du rêve est le principale moteur de la recherche spatiale, en ce sens qu’elle repousse les limites de la connaissance. Les différents scénarios planétologiques permettent selon lui de « prendre conscience que notre Terre est un miracle » :

« Sauvons notre planète parce qu’il faudrait tellement de millions d’années pour aller sur une autre planète, qu’on n’aura jamais le temps d’y aller. »

Vincent Minier ajoute à cela le défi technologique.

David Fossé reprend plus tard la citation d’André Brahic :

« On est un peu à la proue du navire quand Christophe Colomb a découvert l’Amérique. »

André Brahic, astrophysicien, a beaucoup fait pour la vulgarisation de l’exploration spatiale et en particulier pour Cassini. La métaphore laisse néanmoins la porte ouverte à la conquête, comme les Espagnols ont pu partir pour les terres américaines par le passé.

L’intégralité de l’extrait :

« Je milite pour défendre l’idée que tout ça ne sert à rien, que l’exploration de l’espace, se poser sur Titan, ça ne sert pas à grand chose, si ce n’est à nous faire rêver. Parce que c’est aussi un moteur puissant de l’humanité d’aller toujours découvrir de nouvelles terres, de nouveaux endroits. Et ce qui est important c’est que c’est une aventure qui a pu être partagée par le plus grand nombre quand Huygens s’est posé sur Titan, l’événement a été extraordinaire, il a été retransmis dans le monde entier et je pense qu’on a été nombreux à se dire « Wahou, c’est super c’est magnifique ». Pourquoi ? Parce qu’on découvre pour la première un paysage extraterrestre, parce qu’on a le sentiment de vivre une aventure unique, c’est la première fois dans l’histoire de l’humanité qu’on se posait sur Titan, c’est quand même extraordinaire. Il faut se rappeler que la sonde Voyager était passée rapidement. Elle avait vu une boule orange qui avait un peu déçu tout le monde parce qu’on savait bien qu’il y avait une atmosphère mais quand on a vu ce qu’on a vu, ben, on voyait pas grand chose de plus. L’intérêt des instruments qui ont été embarqués sur Cassini c’est d’avoir pu traverser, percer cette couche opaque et enfin révéler des paysages très surprenants. Et quand Huygens se pose, on voit quelque chose qu’on a jamais vu. Et je pense que ce moteur là, simplement le moteur de l’exploration, le fait de découvrir, et ben on est un peu… Et là je reprends une image d’André Brahic (astrophysicien qui a dit un jour « la science peut faire briller les yeux des enfants », nddlr) qui a beaucoup fait pour la vulgarisation de l’exploration spatiale et en particulier Cassini, en effet. On est un peu à la proue du navire quand Christophe Colomb a découvert l’Amérique. Et en fait ce qui est intéressant, c’est qu’il n’y a pas Olivier Grasset tout seul qui est à la proue du navire. On est là, on est tous là et je pense que ce moteur là en fait est suffisant. De mon point de vue il justifie complètement l’exploration spatiale et les milliards qu’on met là dedans. (…) »

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Fin de mission spatiale : la sonde Cassini s’est crashée :