Pour Pascale Gisquet-Verrier, dans le cerveau aussi « la fonction fait l’organe »

Les pratiques de mémorisation renforcent les liaisons neuronales. En d’autres termes, on peut dire que lorsque nous tentons de nous remémorer, nous musclons notre cerveau.

Pascale Gisquet-Verrier a été plus loin dans notre émission Apprentissage : des sciences cognitives à l’éducation, en évoquant une étude de la Docteure Eleanor Maguire en 2000. La chercheuse en neurosciences avait analysé le cerveau de 79 chauffeurs de taxi stagiaires. Elle a prouvé qu’au bout de quatre ans, leur hippocampe, la partie centrale du cerveau qui gère notamment la navigation spatiale, s’était développé. En comparaison, un échantillon de 31 personnes du même âge et qui n’ont jamais conduit de taxis avait gardé un hippocampe de même taille.

Conduire dans les 25 000 rues dans un rayon de 10 km de la gare de Charing Cross, et à force, les connaître par cœur, auraient transformer leur cerveau.

Soit des nouveaux neurones ont poussé ou les neurones existants ont fait plus de connexions avec leurs voisins.  Alternativement, les cellules gliales, les cellules non neuronales du cerveau, auraient augmenté en nombre dans l’hippocampe.

expliquait Docteure Maguire.

En 2014, trois chercheurs allaient plus loin, et remportaient ensemble le Prix Nobel de médecine :
« John O’Keefe a découvert l’existence d’un endroit dans notre cerveau où sont stockées des cartes de notre environnement, l’hippocampe, équivalentes à la carte du GPS… May-Britt et Edvard Moser ont complété ce travail en découvrant des cellules cérébrales qui permettent de nous localiser dans l’espace, le cortex entorhinal. »

Intégralité de l’extrait

« Il faut voir les souvenirs comme étant de grandes cartes neuronales qui s’activent à l’intérieur du cerveau et qui vont s’appeler un souvenir. Donc à chaque fois que s’élaborent ces souvenirs, le marquage de ces circuits va se faire par une connexion accrue entre les neurones de ce circuit qui vont renforcer le passage de l’influx cérébral dans ces circuits. Et qui vont permettre ultérieurement de pouvoir retrouver ces souvenirs en faisant re-circuler l’information dans ces circuits.

Ce sont les théories actuelles qui prédominent la littérature et cette notion de flexibilité est extrêmement diversifiée. C’est vrai pour la formation d’un souvenir mais en même temps en fonction des activité de chacun, on va pouvoir renforcer certaines parties de son cerveau en les développant un peu plus.

Une des premières expériences qui a été réalisée et qui a utilisé l’imagerie fonctionnelle a étudié les chauffeurs de taxi londoniens. Cette étude a montré qu’on trouvait des modifications à l’intérieur de l’hippocampe, avec un renforcement de la partie postérieure de l’hippocampe dont la modification était proportionnelle au nombre d’années pendant lesquelles les taxis avaient pratiqué cette occupation à Londres. C’était extrêmement jolie de montrer à quelque point…

La fonction fait l’organe, c’est à dire que plus on se sert de sa structure mentale pour se repérer, plus on va développer l’hippocampe. Maintenant avec les GPS, je ne suis pas sûre que ces résultats seraient reproductibles puisqu’il suffit d’écouter « tournez à droite », « tournez à gauche ». On n’a plus besoin d’avoir constamment ce repérage dans l’espace.