Le vieil homme et l’estuaire

Partie de pêche dans l’estuaire, ici pas d’espadon mais des lamproies, des poissons venus de la préhistoire. Quant à l’homme, il s’agit d’Alain Méresse, l’un des derniers représentants de son « espèce ».

Pour aller pêcher dans l’estuaire avec Alain Méresse, il faut se tenir au courant des marées. Si les courants sont trop forts, les chances d’attraper un poisson dans son filet sont quasi inexistantes, alors il préfère rester au chaud. C’est ça de connaître l’estuaire comme sa poche, ça évite les efforts inutiles.

La vie sur un fleuve tranquille

A un an de la retraite, il connaît les meilleurs coins et les plus dangereux, il connaît l’histoire de chaque pierre et de chaque village autour de Basse-Indre. A son port, pas de ponton ni de bitte d’amarrage. Pour accéder à ses deux bateaux il faut descendre dans l’eau vaseuse avec une bonne paire de bottes, monter à bord d’une petite barque et ramer.

Il s’est essayé à plusieurs professions avant de devenir pêcheur estuarien. A la fin des années 1960 il a fait une formation dans l’informatique, à l’ère des ordinateurs géants et des cartes à trous. Mais la pêche l’a vite rattrapée. C’est en traînant sur les bateaux et en observant ses pairs qu’il a appris.

La pluie battante résonne sur le toit de la camionnette blanche qui sent la mer et le poisson. A l’arrière on aperçoit un grand ciré jaune, des sauts et un filet. Alain Méresse n’est pas parti sur l’eau aujourd’hui mais il est quand même descendu sur les bords de Loire pour me rencontrer. La pêche, ce sera pour une prochaine fois, alors il prend le temps de me raconter la vie des véritables habitants de l’estuaire, civelles, aloses et lamproies.

Poissons délaissés et profession en voie de disparition

Alain Méresse craint pour l’avenir de son métier. Les quotas de plus en plus drastiques et l’interdiction d’exporter limitent la pêche et la vente de la précieuse civelle (alevin de l’anguille) qui, presque à elle seule, fait vivre les derniers pêcheurs de l’estuaire. La concurrence de la pêche maritime est rude et l’alose (joli poisson aux reflets argentés) et la lamproie (seule représentante de son espèce) ne se vendent plus comme avant sur les étals des poissonniers. Les spécialistes s’en délectent mais le grand public ne les reconnaît plus.

Pourtant Alain Méresse continue de sillonner l’estuaire quoi qu’il arrive. Et en ce moment c’est la saison de la lamproie, animal quasi mythologique qui semble tout droit sorti d’un film de SF. On va y jeter une oreille ?

Crédits

Un reportage de Guisane Humeau, à retrouver dans l’émission du Labo des savoirs, L’Homme et l’estuaire.

Illustration : Alain Méresse
Crédit photo : Guisane Humeau – Le Labo des savoirs