Surveillance : attention aux astéroïdes !

L’anéantissement de toute vie sur Terre suite à la collision d’un astéroïde avec notre chère planète, figure en bonne place du classement des scénarios catastrophes les plus récurrents. Même en oubliant la fiction, ne nous mentons-pas, l’humanité a déjà connu quelques petites frayeurs.

L’événement du 15 février 2013 à Tcheliabinsk en Russie en est un parfait exemple. Pour autant, n’en faisons-nous pas un peu trop? Pour le savoir, il nous faut alors scruter le ciel…

Une chronique de Solenne Lhériter

Lire la chronique

Pour commencer, je dirais que la surveillance des astéroïdes s’organise. Et elle s’organise d’autant plus parce qu’une véritable prise de conscience sur la menace qu’ils peuvent représenter, s’opère depuis plusieurs années et ce jusqu’aux plus hautes instances mondiales. Il y a moins d’un an, l’ONU a d’ailleurs déclaré que le 30 juin serait la journée internationale des astéroïdes, afin d’alerter sur les impacts qu’impliquerait une collision avec la Terre. Cette date fait écho au 30 juin 1908, lorsqu’un astéroïde s’est désintégré dans l’atmosphère au-dessus de la Toungouska en Sibérie. La zone était heureusement inhabitée. Mais l’explosion de l’objet, qu’on estime ayant eu une taille d’environ 40 mètres, a quand même détruit des dizaines de millions d’arbres, sur un territoire grand comme le département des Yvelines. Pour continuer sur les cas de collisions médiatiques, j’évoquerai celui plus récent, mais toujours en Russie, d’un objet de 20 mètres qui a explosé en février 2013 au-dessus de la ville de Tcheliabinsk, libérant une énergie équivalente à 20 voire 30 fois celle de la bombe atomique d’Hiroshima. Des infrastructures et des maisons ont été détruites tout comme de nombreuses vitres brisées, ce qui a engendré de nombreux blessés.

Je pense que vous commencez vous aussi à comprendre pourquoi l’ONU, les gouvernements et les agences spatiales s’intéressent de près à ces objets. Revenons d’ailleurs un peu sur eux. De quoi parlons-nous ? Les astéroïdes sont en fait des corps célestes composés essentiellement de roches carbonées ou silicatées, voire parfois de métal. Contrairement aux comètes, ils sont inactifs. La plupart d’entre eux se trouvent dans la « ceinture principale » entre l’orbite de Mars et de Jupiter. D’autres il est vrai frôlent ou croisent l’orbite effectuée par la Terre autour du soleil. On les appelle alors respectivement des geofrôleurs et des géocroiseurs. C’est parmi eux que l’on trouve les astéroïdes potentiellement dangereux. Ces derniers sont qualifiés ainsi, lorsqu’ils font plus de 150 mètres de diamètre et qu’ils passent à moins de 8 millions de km de l’orbite de la Terre (soit 20 fois la distance Terre-Lune). Comme vous l’aurez compris ce sont eux qui nous intéressent et c’est à eux qu’est donc attribué un degré de dangerosité selon l’échelle de Turin. Celle-ci prend en compte deux paramètres : la probabilité d’une collision avec la Terre et le potentiel destructeur. Cette échelle va de 0 à 10. A 10 vous pouvez vous imaginer une catastrophe semblable à celle qui a eu lieu il y a 65 millions d’années, où une grande partie des espèces végétales et animales du Crétacée a disparue.

Bon, j’imagine maintenant que vous voudriez savoir comment on fait pour scanner le ciel dans le but d’identifier ces corps, d’étudier leur trajectoire, leur taille et leur composition, afin d’évaluer leur dangerosité. Un réseau international de télescopes et de radars surveille depuis la Terre les astéroïdes. Le télescope de l’agence spatiale européenne à Tenerife tout comme celui d’Arecibo exploité par les américains à Porto Rico, en sont deux exemples. En 2018, un nouveau télescope de l’ESA dénommé flye-eye devrait être déployé pour permettre un balayage à ciel complet. A toutes ces observations réalisées depuis la Terre, s’ajoutent celles qui se font grâce à des télescopes qui ont été envoyés dans l’espace, tels que ceux des missions WISE de la NASA ou Gaia de l’ESA. Deux systèmes automatisés réunissant et traitant les données obtenues, Sentry aux Etats-Unis et NEODyS en Europe permettent ainsi d’informer sur les astéroïdes potentiellement dangereux.

Alors quels sont les résultats connus à ce jour ? Bonne nouvelle, sur les 8000 astéroïdes potentiellement dangereux identifiés, seuls 2 sont à peine noté 1 sur l’échelle de Turin. La menace d’une destruction de l’humanité semble s’éloigner pour les dizaines d’années à venir. Cependant, il ne faut pas oublier que nos connaissances sont encore incomplètes. Bien que plus de 90% des objets de plus d’un km de diamètre ont été étudiés, ce pourcentage chute à 10 en ce qui concerne les objets ayant une taille de 100 mètres de diamètre. Pour rappel 100 mètres c’est bien plus que la taille des astéroïdes de la Toungouska ou de Tcheliabinsk. Il y a donc encore du travail…

En prévision de la découverte d’un astéroïde particulièrement dangereux pour notre planète, des plans de sauvetage sont échafaudés. Deux grands types de solutions sont possibles : détruire l’objet ou détourner sa trajectoire. Actuellement c’est cette dernière option qui est privilégiée à travers plusieurs possibilités comme le remorquage gravitationnel. Il s’agirait alors dans ce cas de placer un vaisseau spatial en orbite autour de l’objet, afin de le dévier sous l’effet de l’attraction exercée par le vaisseau. Bien entendu, il ne suffirait pas de quelques heures mais de plusieurs années pour que le résultat soit effectif. D’où l’importance d’être en mesure d’identifier très avance les astéroïdes susceptibles d’impacter notre planète.
Pour terminer, j’aimerais que vous ne restiez pas sur une vision uniquement menaçante des astéroïdes. Sachez en effet que ces derniers présentent un grand intérêt pour enrichir nos connaissances sur les origines de notre système solaire. Des missions exploratoires allant à leur rencontre ont d’ailleurs déjà été lancées ou sont en cours de préparation. L’agence spatiale japonaise, la JAXA, a par exemple déjà été en mesure de ramener sur Terre des échantillons de l’astéroïde Itokawa, dans le but d’en étudier sa composition. Par ailleurs, il y a quelques jours de cela, des scientifiques américains ont même identifiés pour la première fois un astéroïde interstellaire, dénommé « Oumuamua », porteur cette fois d’informations non négligeables sur la formation d’un autre système solaire.