Y a-t-il de la bière dans l’espace?

Astéroïde, tempête solaire, débris spatial, etc. Notre imaginaire conçoit ce qui tombe du ciel en provenance de l’espace potentiellement comme une menace. C’est pour cette raison d’ailleurs que la météorologie de l’espace apparaît comme un sujet essentiel aujourd’hui.

Le ciel peut néanmoins nous tomber sur la tête avec bienveillance : des tonnes de poussières pleuvent chaque jour sans que nous en rendions compte. Ces poussières portent en effet en elles des éléments chimiques bien utiles.

Éléments d’une grande complexité qui tranchent avec l’apparent chaos du vaste univers qui nous entoure.

Éléments à la chimie particulière étudiés aujourd’hui par les biologistes car ils pourraient être une des clés de l’apparition de la vie (et de la bière).

Une chronique de Jérémy Freixas 


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Bonjour, ici Louis Bodin, voici les prévisions météo de demain.

Au Nord, la grisaille s’installe, mais bon, le contraire aurait été étonnant à cette période de l’année.

Dans le grand ouest, quelques ondées. Vous pourrez les éviter en faisant quelques efforts. Et partout ailleurs, n’oubliez pas de vous préparer pour recevoir une partie des 100 tonnes de météorites qui nous tombe dessus.

Personne ne dit ça ! Jamais ! Alors rassurez-vous, l’immense majorité d’entre elles font la taille de grains de poussières. Le ciel n’est pas donc prêt de nous tomber sur la tête. Cela pourrait paraître insignifiant, mais cet apport de matière est essentiel pour nous.

Ce que je vais vous raconter est principalement tiré d’un livre, Planet Hunters: the Search for Extraterrestrial Life de Lucas Ellerbroek, qui étudie à Amsterdam les comètes et la formation des planètes. Vous pourrez en retrouver un long extrait sur le site Nautilus.

Figurez-vous qu’il fut un temps où l’on pensait que l’Univers ne contenait quasiment rien. Un gros vide. Stérile. Et puis l’humanité s’est dotée d’un outil formidable : le radiotélescope à infrarouge. Alors ça fait moins hightech que l’Occulus Rift, mais on y voit des choses au moins aussi intéressantes. Cette technique permet en effet d’analyser la lumière reçue depuis l’espace.

Sachez-le : si vous êtes une molécule d’eau ou un atome d’azote, vous n’absorberez pas la lumière de la même façon. En analysant la lumière qui venait de l’espace, les chercheurs sont alors tombés sur une surprise : la présence de molécules avec un nombre important d’atomes, des molécules plutôt complexes. Chose que l’on pensait alors impossible. La première à être détectée en 1969 est le formaldéhyde.

La question que tout le monde s’est alors posée fut : comment est-ce possible ?
Une étonnante machine (et les cerveaux qui l’ont utilisée) a permis de comprendre. Cette machine est une sorte de grand congélateur. À l’intérieur, un petit réceptacle contient de l’eau et des éléments chimiques simples. Tout ce mélange est très fortement refroidi et exposé aux UV. Et là, surprise : le formaldéhyde a été formé.

Cette machine reconstitue les conditions d’un nuage de poussières dans l’espace. Des molécules d’eau gèlent comme un flocon autour de ces poussières, en y englobant des éléments chimiques simples. L’énergie contenue dans les UV des étoiles permet alors de cuire cette bouillie et de créer des liaisons entre les briques de base pour former des molécules complexes.
Cette hypothèse a été vérifiée par des prélèvements de poussières dans l’atmosphère au dessus des nuages. Formaldéhyde et tout un tas de molécules complexes ont été retrouvées. Celles-là même qui avaient été fabriquée dans le grand congelo.

Vous allez me demander : c’est quoi ce formaldéhyde ? En industrie, on l’utilise pour faire de la colle à tapisserie et des résines pour les meubles en kit.

Et là, je sens que vous êtes déçus.

Mais on y a trouvé aussi du CO2, des sucres et des acides aminés. Soit une bonne partie des ingrédients composant… la bière !

Au delà de l’aspect festif de cette découverte (je comprends mieux pourquoi on était si heureux d’aller sur la lune), la trace de ces molécules complexes est intrigante. Cette grande famille qu’on appelle les composés organiques fait partie des constituants des organismes vivants.
Il se pourrait donc bien que certains de ces éléments aient été apportés sur Terre par une pluie de météorites.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit.

On n’a aucune certitude sur l’apparition de la vie sur notre belle planète. Et on ne sait toujours pas si ces éléments organiques pourraient être à la base de la vie ailleurs. Mais une chose est sûre chers auditeurs et chères auditrices : même si le bulletin météo n’en fait jamais mention, il nous tombe sur la figure chaque jour une belle quantité de molécules nées dans de drôles de boules de glaces au milieu de l’immensité qui nous entoure. Molécules qui ont fait un long chemin pour venir jusqu’à nous. Et qui nous sont très utiles.

Alors que cette émission vous arrive sur le plancher des vaches grâce à vos oreilles, ou au fin fond de l’univers par une technologie encore inconnue, ce soir je trinquerai à votre santé : je suis maintenant presque sûr que tout le monde connaît la bière !