Discussion sur le fil

Markov et Sophia sont les deux enquêteurs de la société Théorèmes Services, aujourd’hui, samedi 1er décembre, en mission spéciale dans le district fédéral du Nord-Caucase. Ils ont la lourde tâche de veiller au bon déroulé du XXXVIème Congrès de l’Amitié et du Développement qui réunit les différentes Républiques autonomes du district.

Le Congrès touche à sa fin et atteint son point d’orgue : la signature d’un accord historique entre les 3 représentants des Républiques du Daghestan, d’Ingouchie et de Karatachaïévo-Tcherkessie. Cet accord signé lancera enfin la construction du grand parc d’attraction sur le thème des cultures du Caucase, un projet ambitieux, indispensable au futur développement touristique de cette région injustement boudée par les voyagistes.

Sophia et Markov doivent installer les trois délégués sur la scène de l’Amphithéâtre Kandinsky. Trois lourds fauteuils y sont disposés en triangles.

Le premier fauteuil, sur lequel prendra place l’auguste délégué daghestanais, se situe à 17m du fauteuil de l’honorable représentant ingouche et à 8 mètres de celui qui accueillera le très respectable séant du mandataire tcherkesse. Les fauteuils de ces deux derniers se situent à 20m l’un de l’autre.

Jusqu’ici, tout va bien pour les deux enquêteurs de Théorèmes Services qui gèrent avec brio cet aménagement qui sacrifie à l’art abstrait un certain pragmatisme. Mais tout se complique lors de la conclusion de cette rencontre internationale. En effet, les trois personnages doivent pouvoir se lever pour aller serer la main de leurs homologues mais il a été demandé à Markov et Sophia d’empêcher, par tous les moyens possibles, que ce XXXVIème Congrès de l’Amitié et du Développement ne finisse comme les XXXVe qui l’ont précédés : dans un pugilat général perturbant la délicate stabilité géopolitique de la Région. En quelques sortes, Sophia et Markov doivent trouver les moyens de la mise en place d’une distance de sécurité entre les diplomates et préserver l’Amitié entre les peuples des ardeurs belliqueuses de leurs représentants.

Que chaque délégué puisse toucher la main des deux autres mais l’empêcher de s’avancer plus loin ? Sophia a d’abord pensé à une laisse attachée au fauteuil mais l’idée a été rapidement écartée pour une évidente raison d’image médiatique. Markov s’est souvenu d’un système de collier électrique, on lui a opposé différentes considérations relatives à la dignité humaine.

C’est de Sophia que vient alors la solution au problème du Nord-Caucase : la diversité linguistique, cette indiscutable richesse locale.

L’Ingouche parle l’ingouche, le Tcherkesse maîtrise à la perfection le kabarde et le Daghestanais s’exprime en anglais, personne n’ayant trouvé de traducteur en koumyk, langue maternelle du diplomate.

Comme chaque délégué portera un casque pour pouvoir entendre les traductions en instantané, ce casque,  attaché au fauteuil par un fil (le Nord-Caucase peine à cacher son retard technologique), la longueur du fil jouera le rôle de la laisse et empêchera chacun des trois hommes (le Nord-Caucase peine à cacher ses problèmes de parité en politique) de s’en prendre à ses camarades tout en leur permettant de présenter à toute la Fédération de Russie, le symbole de l’amitié entre les peuples : une belle poignée de main.

Question : de quelle longueur devra être le fil du casque du représentant de la République autonome du Daghestan ?

Résumé : trois points d’un triangle, 1, 2 et 3. La distance entre 1 et 2 est de 17m ; entre 1 et 3 de 8m et entre 2 et 3 de 20m. Chacun des trois personnages est attaché à l’un des trois points et doit  pouvoir toucher les deux autres mais être retenu par un fil pour ne pas aller au-delà.

Quelle est la longueur du fil attachant le personnage au point n°1 ?

Crédits

Texte : Guillaume Mézières
Illustration : Marie Jamon