Emmanuel Macron & la science : la recherche dans son programme

« On en a très peu parlé pendant la campagne présidentielle, mais cette bataille est essentielle pour les prochaines années ». Emmanuel Macron évoquait lors de son discours devant la communauté de l’enseignement, de la recherche et de l’innovation le 14 avril dernier à l’INRIA Grenoble, ses objectifs en matière de sciences et d’éducation. Sur ce point, nous sommes d’accord !

Son accession, dimanche 23 avril, au second tour de l’élection présidentielle pousse le Labo des savoirs a analysé le programme du candidat En Marche ! en matière de recherche et d’enseignement supérieur.

Le cap ? Allouer « 3% du PIB pour la recherche et le développement en France ». Le mot juste serait plutôt « maintenir » car 2,24% du PIB ont été consacrés à la recherche et au développement selon les derniers chiffres du gouvernement.

Emmanuel Macron place l’enseignement supérieur et la recherche comme « priorité nationale » dans son programme. Il appuie particulièrement sur « l’excellence en matière de recherche fondamentale et d’innovation ». Dans ce cadre, les chercheurs étrangers, notamment américains, ont été appelés à venir travailler en France pour lutter notamment contre l’obscurantisme outre-atlantique.

« Nous sommes au cœur d’une série de révolutions, écologique et environnementale, numérique, de l’intelligence artificielle, des sciences humaines – percutées par les changements de représentations collectives que nous avons et les fractures que nous sommes en train de vivre -, de la santé… Tous ces sujets ne pourront avancer si les acteurs politiques ne prennent pas en compte le fait que la communauté d’enseignement supérieur et de la recherche doit les éclairer. »

En matière de recherche et de formation, le candidat, En Marche pour l’Elysée, a en effet plus développé son programme que ses concurrents. A tel point qu’Emmanuel Macron est devenu le chouchou de Sciences et Avenir, comme le démontre l’un des gendarmes du PAF, Acrimed.

Le mot d’ordre est, comme souvent avec Emmanuel Macron, la libéralisation. « Sans diminuer les moyens » pour la recherche et les universités bien sûr, et en les ouvrant éventuellement au marché privé, dans le but de participer au « progrès de notre société ».

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La veille du premier tour, la marche pour les sciences rassemblait plusieurs milliers de personnes dont plus de 5 000 à Paris et 400 à Nantes. Les organisateurs craignaient l’abandon de certaines thématiques de recherches, comme vous pouvez le lire sur notre site internet. Emmanuel Macron souhaite, au contraire, privilégier la recherche fondamentale. Sa vision de l’Europe nous laisse aussi imaginer le fleurissement de projets européens.

Propositions :

« Faire de la recherche une priorité nationale »

Le mot recherche, au sens universitaire du terme, apparaît trois fois dans la brochure de son programme. Le mot science en est en revanche absent. Pourtant, ses propositions en ligne sont nombreuses.

> Encourager la recherche fondamentale

> Concentration sur les projets qui privilégient la prise de risque et l’exploration des frontières de la connaissance

> Amplifier les efforts en matière d’innovation, notamment parce qu’ils sont un « levier de création d’emplois »

> Regrouper les universités et de grandes écoles volontaires avec le soutien des organismes de recherche à l’internationale

> Partenariats entre les entreprises et la recherche publique

> L’accent mis sur le réchauffement climatique et la transition environnementale

La France, future patrie des scientifiques ?

> Ouvrir les frontières aux spécialistes étrangers, c’est une autre proposition d’Emmanuel Macron. Lors d’un meeting, il avait déjà tenté de faire passer ce message après l’élection de Donald Trump et ses premières prises de décision. Le chef du mouvement En Marche ! a réitéré l’invitation dans une vidéo, en anglais cette fois :


Les chercheurs étrangers sont aujourd’hui dispensés de solliciter une autorisation de travail ce qui accélère la procédure, tout comme pour le conjoint. Mais la France n’attire toujours pas comme le relate Libération, à travers le témoignage d’Adam Stevenson, un chercheur en science des matériaux américain. En causes : « des perspectives de financements faibles, le salaire relativement bas et une culture scientifique très différente ». Il ajoute que « l’Angleterre, l’Allemagne et la Suisse, aux programmes de recherches plus généreux, ont meilleure réputation que la France au sein de la communauté scientifique américaine ».

La recherche victime du syndrome du « en même temps » d’Emmanuel Macron

Le candidat en route pour l’Élysée est la cible de plusieurs critiques. Une fois n’est pas coutume, sur le terrain de la recherche aussi, un lien est fait entre le programme d’Emmanuel Macron, et son mandat de ministre de l’économie sous le gouvernement Valls II. Le média militant écologiste Reporterre raconte l’exemple du gaz de schiste en ces termes :

« M. Macron a assuré qu’il n’y aurait pas d’exploitation de gaz de schiste pendant son quinquennat… tout en se déclarant favorable à la poursuite de la « recherche théorique » sur les méthodes d’extraction ‘pour éviter que la recherche ne soit capturée par les groupes industriels mondiaux' ».

A l’époque de son mandat ministériel, Ségolène Royal, alors ministre de l’Environnement, l’avait sommé de vouloir attribuer tous les permis de recherches d’hydrocarbures. Reporterre soulève aussi des ambiguïtés face à la continuité des recherches sur les OGM, alors qu’Emmanuel Macron a déclaré qu’il maintiendrait leur interdiction.

La fin du principe de précaution ?

Libéralisation de l’économie, de la recherche… A quel point ? Noël Mamère critiquait en octobre dernier sur le site Médiapart la volonté de certains candidats de vouloir aller plus vite que la musique. Son propos concernait justement la recherche :

« En résumé, il s’agit d’en finir avec le principe de précaution en le remplaçant par le principe d’innovation dans la Constitution ».

Le principe de précaution est inscrit en ces termes dans la Constitution :

Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veilleront, par application du principe de précaution, et dans leurs domaines d’attribution, à la mise en oeuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage.

Le principe de précaution a notamment permis de freiner la pratique des OGM, ou la fracturation hydraulique pour le gaz de schiste.

Noël Mamère pointe Emmanuel Macron, le décrivant comme le « promoteur de l’innovation comme moyen de réindustrialisation du pays » et sous-entend sa volonté d’abaisser les frontières du principe de précaution.

Un point sur les universités :

« Libérer l’énergie de nos universités en leur donnant une autonomie réelle et concrète (…). Et plus d’autonomie, ça ne veut pas dire moins de moyens »

> Donner aux universités la possibilité de déployer librement leur offre de formation, à condition d’offrir une palette suffisamment large de filières et d’orientations et de favoriser les aménagements de cursus aux étudiants en stage, en alternance ou en activité professionnelle: « nous développerons les licences professionnelles en alternance sur les 3 ans ».

> Donner aux universités et aux grandes écoles la liberté de recruter elles-mêmes leurs enseignants-chercheurs suivant les standards internationaux de qualité et d’indépendance.

> Développer de nouveaux modèles de gouvernance pour les universités.

> Simplifier les procédures d’évaluation des établissements en les consacrant exclusivement à l’appréciation du bilan et des résultats des établissements, des unités de recherche et des formations.

> Faciliter la formation professionnelle.

> Permettre à tous les étudiants de réellement évaluer leurs cours à la fin du semestre.

> Diversifier les sources de financement des universités.

> Attribuer des moyens publics supplémentaires aux établissements d’enseignement supérieur et de recherche sur des bases contractuelles selon l’ouverture sociale, la qualité de l’insertion professionnelle, les co- financements européens et privés, la performance en recherche, la politique patrimoniale.

> Créer au sein du CROUS 30 000 logements jeunes supplémentaires, et plus largement 80 000 logements pour étudiants et jeunes actifs.

> Inciter les universités à élargir les horaires d’ouverture de leurs bibliothèques, à aménager des plages horaires en soirée durant la semaine, et à étendre progressivement l’ouverture le dimanche. Emmanuel Macron a évoqué l’établissement d’un dialogue social avec les bibliothécaires.

> Développer la formation universitaire continue pour favoriser, tout au long de la vie, les mobilités professionnelles et les reconversions via la création de 100 000 places supplémentaires dans de nouvelles filières courtes professionnalisantes proposées par les lycées, les universités, les établissements consulaires en lien avec les branches professionnelles.

> Mettre fin au numerus clausus qui restreint le nombre de médecins français à entrer sur le marché de l’emploi.

> Donner un pass culture de 500 euros à chaque jeune, à partir de 18 ans, financés par les diffuseurs et les géants du numérique.

Pour la recherche et l’enseignement supérieur, dans la continuité de sa campagne, Emmanuel Macron se place à mi-chemin entre les idées du Parti Socialiste, et une influence très marquée à droite. Ses propositions sur l’université vont plus loin que ce que proposait en 2007 Valérie Pécresse sous la casquette de ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche dans les gouvernements Fillon I, II et III avec la loi d’autonomie des universités. La professionnalisation de certains parcours est en revanche partagée par les camps : si Valérie Pécresse l’a soutenue dans sa région, en Île-de-France, Jean-Luc Mélenchon le proposait aussi dans son programme. Le renflouement du CROUS et le pass culture sont pour le coup des suggestions plus humanistes.

Cathy Dogon