Les Triplés

Sophia est enquêtrice, c’est son travail. Sophia se prépare donc à mener une enquête au cœur des activités d’une grande multinationale en situation de quasi monopole sur la livraison des cadeaux du 25 décembre : Noel.

Quelques indices ont conduit Sophia sur la route d’un certain général C, membre éminent dans l’organigramme de Noel, structure bien plus complexe que la vulgate populaire ne le laisse imaginer. C possédant des informations capitales sur certaines affaires occultes de la « compagnie du bonheur », Sophia compte bien interroger le personnage pour apercevoir la face caché du sombre iceberg de Noel.

C est un personnage hors du commun. Sa carrière l’a conduit, de putschs en coups d’état, du grade de simple sous-lieutenant à celui de grand commandeur des forces vives de la nation, de source de tout ce qui vit, de fleuve immense de la pensée complexe, en un mot : à la fonction de dictateur.

Ce parcours qui, selon cette forme de morale nommée Droits de l’Homme, n’a rien d’honorable fut, selon d’autres critères, plutôt réussi. A ceci près que la fin de sa carrière tient du drame – ou du juste retour des choses – car aujourd’hui, C doit répondre de son parcours professionnel devant la Cour pénale international.

C’est là que Sophia ira le trouver pour le passer à la question.

Sophia est une enquêtrice talentueuse qui sait se créer d’indispensables relations. On lui a accordé le droit de poser quelques questions à C avant que ce dernier ne soit conduit dans sa geôle internationale. L’interrogatoire se fera dans une pièce où C est enfermé avec ses complices dans l’attente du fatidique transfert. C’est là que se découvre la grande difficulté de l’opération.

Dans cette pièce se trouve C et deux autres personnages, ses complices : les généraux A et B.
A, B et C forment ensemble cette « Junte du mal », ce « Cartel diabolique », cet « infernal triumvirat » que la communauté internationale a finit par reconnaitre sous l’appellation de « tristes triplés ».
A, B et C sont frères et ce sont des triplés qui posent un défi au jeu des 7 différences : impossibles de les différencier. La Cour Pénale Internationale a d’ailleurs été contraint de les condamner collectivement en tant qu’ « entité trinitaire » ce qui mobilisera sans doute plusieurs milliers de juristes pendant de nombreuses décennies.

Mais Sophia a des informations que les juges ne possèdent pas : C est un menteur, un mythomane compulsif, physiquement incapable d’exprimer la moindre vérité et cette déformation mentale va permettre à Sophia de l’identifier parmi ses complices.

Mais Sophia possède encore quelques informations sur la « maléfique Triplice ». Elle sait, de source sûre, que A, contre-modèle de son frère, dit toujours la vérité, il ne peut pas mentir. Elle sait enfin que B, prisonnier de ce défi psychique, a grandi avec sa propre déformation : B dit la vérité ou le mensonge au hasard, à la manière d’une pièce qui annonce pile ou face.

Face aux trois personnages – qu’on nommera n°1, n°2 et n°3 pour les besoins de l’enquête – Sophia a le temps de poser trois questions et pas une de plus. Avec ces trois questions, elle doit trouver l’identité des généraux de « l’infâme Tiercé ».

Sophia est une enquêtrice géniale. Là où un enquêteur standard ne pourrait accepter une difficulté supplémentaire, Sophia va devoir affronter une contrainte de taille.

Les généraux du « Trio de l’enfer » ne répondront que par « vrai » ou par « faux » à toutes les questions que Sophia leur posera et ils y répondront dans leur langue, celle de l’Alphabistanie, leur pays, une langue à laquelle il a manqué son Champollion. L’Alphabistanais est une langue totalement inconnue des non-Alphabistanais, peuple dont les trois généraux du « Brelan de malheur » sont les derniers représentants (leur condamnation par la communauté internationale paraît alors bien justifiée). Leur traduction en justice fut donc particulièrement difficile, les généraux comprenant le français mais faisant preuve de mauvaise volonté linguistique.

A, B et C (pour l’instant n°1, n°2 et n°3) répondront par « Bo » ou « So », ce qui correspond à « vrai » ou « faux » mais personne ne peut prétendre déterminer lequel de ces deux mots correspond à l’un ou à l’autre dans leur langue.

Sophia est une enquêtrice et elle a mal au crane.

Question : qui sont n°1, n°2 et n°3, lequel est le menteur, lequel est l’honnête, lequel est l’aléatoire ? En bref : comment faire pour les identifier ?

Résumé dont la lecture est indispensable :

Trois personnages : 1, 2 et 3. On peut leur poser trois questions maximum. Un des personnages, A, dit toujours la vérité. B dit aléatoirement la vérité ou le mensonge. C est un menteur total.

Les trois personnages répondent par Bo ou par So ce qui correspond à oui ou non mais il est impossible de savoir lequel de ces mots veut dire oui, lequel signifie non.

On peut poser que des questions dont les réponses seraient « vrai » ou « faux ». Chaque question ne peut être posée qu’à un seul des personnages.

Il est possible de poser plusieurs des trois questions possibles à un personnage (et alors, un des deux autres ne pourra être interrogé).

Le personnage « aléatoire » répond comme une pièce à pile ou face, au hasard. Il répondra par Bo ou par So à toute question vrai-faux.

Question : comment dévoiler l’identité des trois personnages ?

Crédits

Texte : Guillaume Mézières
Illustration : Marie Jamon