Marine Le Pen & la science : la recherche dans son programme

Au lendemain du premier tour de l'élection présidentielle

Ou plutôt… à la recherche de son programme scientifique! Dans son programme, la leader du Front National évoque très peu l’université et la recherche. Elle exprime son mécontentement face aux mesures passées, et projette des améliorations sans rentrer dans le détail. Côté changement climatique, elle promeut la recherche pour le développement durable. Une position à nuancer, aux vues des propos climato-sceptiques qu’elle a pu tenir par le passé.

La recherche et l’enseignement supérieur ne constituent aucun des sept chapitres du programme, à savoir une France libre, sûre, prospère, juste, fière, puissante, durable. De là à dire que ces sujets ne font pas partie des préoccupations principales du Front National, il n’y a qu’un pas !

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Promouvoir le français

Proposition 96. « Défendre la langue française. Abroger notamment les dispositions de la loi Fioraso qui permettent de restreindre l’enseignement en français dans les universités. »

Aussi appelée Loi E.S.R. de 2013, la loi relative à l’enseignement supérieur et à la recherche soutient l’« ouverture ». Notion vaste, qui englobe en effet l’« ouverture à l’international en favorisant les cours en langues étrangères pour attirer des étudiants internationaux ». Pour les étudiants français, leur apprentissage est présenté dans le texte comme « un atout décisif », ce qui ne semble pas être l’avis de Marine Le Pen. Le français devra rester la langue des enseignements, sauf dans le cas où les cours pourraient intéresser des étudiants étrangers.

L’autonomie des universités, une « mauvaise réforme » sur laquelle Marine Le Pen ne reviendra pas

Proposition 106. « À l’université, passer d’une sélection par l’échec à une sélection au mérite. Refuser le tirage au sort comme moyen de sélection. Revaloriser les bourses au mérite. Défendre le modèle d’enseignement supérieur français, qui passe par la complémentarité de l’université et des grandes écoles. »

Ces quatre phrases constituent l’unique proposition de FN au sujet de l’enseignement supérieur.

L’expression « sélection par l’échec » est souvent utilisée pour critiquer le nombre d’étudiants abandonnant dans les premières années de la licence. Les bourses au mérite sont aujourd’hui accordées aux bacheliers à la mention Très Bien. Comment faire évoluer l’université ? Marine Le Pen ne le détaille pas plus dans son programme, mais, dans d’autres cadres, la leader du Front National, s’est déjà exprimée à ce sujet.

Je crois que l’autonomie des universités a été une mauvaise réforme, mal pensée, mal préparée et mal conduite.

Sur le site de Sciences et Avenir, la candidate du FN a critiqué la loi relative à l’autonomie des universités de Valérie Pécresse, en 2007. Elle n’a cependant pas prévu d’y revenir, ne souhaitant pas « replonger les universités dans de nouveaux problèmes en bouleversant à nouveau leur organisation alors qu’elles n’ont pas fini de mettre en place la réforme ».

Marine Le Pen entend par ailleurs rapprocher la recherche publique et la recherche privée, pour « favoriser l’insertion sur le marché du travail des jeunes docteurs ».

Quid de la recherche fondamentale ?

Proposition 112. « Lancer un grand plan national de création de filières (lycées, universités) des métiers d’art dans nos territoires et implanter un réseau de pépinières d’artistes sur tout le territoire. Restaurer une véritable éducation musicale généraliste dans les établissements scolaires. »

Proposition 41. « (…) Promouvoir les secteurs stratégiques de la recherche et de l’innovation, en augmentant la déductibilité fiscale des dons. Augmenter de 30 % le budget public de la recherche (pour le porter à 1 % du PIB). »

Les recherches sont en partie financées par les dons privés. En revanche, selon les derniers chiffres du gouvernement, le budget public alloué à la recherche et au développement s’élève aujourd’hui à 2,24% du PIB.

Proposition 135. « Soutenir une filière française de l’hydrogène (énergie propre), par un appui de l’État en matière de recherche et développement, afin de réduire notre dépendance au pétrole. »

Qu’est ce que les « secteurs stratégiques de la recherche et de l’innovation » ? Ces propositions mettent en avant deux pans de la recherche : la culture et le développement durable. Durant la marche pour les sciences, qui s’est déroulée la veille du premier tour partout dans le monde, les chercheurs redoutaient l’impact que pourraient avoir les résultats de l’élection présidentielle française sur les choix politiques en matière de recherche. Les professionnels manifestaient contre l' »obscurantisme » de Donald Trump et craignaient qu’en Europe aussi, certains secteurs scientifiques soient moins subventionnés (qu’ils ne le sont déjà parfois…). Parmi eux : la recherche fondamentale, pour laquelle les chercheurs s’accordent à dire qu’elle permet le progrès à long terme. Une notion non-évoquée dans le programme de Marine Le Pen.

La candidate du Front National évoque cependant dans un article de Sciences et Avenir un progrès scientifique qu’elle aimerait soutenir :

« Il sera intéressant de mettre les moyens pour la recherche appliquée sur la filière thorium : ce matériau étant fertile mais non fossile, les centrales au thorium ne peuvent pas s’emballer ; elles produisent nettement moins de déchets dangereux. Elles peuvent constituer une partie de notre mix énergétique si nous avons besoin de renouveler nos centrales nucléaires. »

La candidate bleu marine souhaite en effet concentrer les recherches sur l’hydrogène, « un vecteur de stockage d’énergie, substitut de l’essence, du diesel et du gaz naturel (…) que l’on peut produire massivement à partir de l’électrolyse de l’eau ». Elle reste néanmoins critiquée pour sa position parfois jugée « négationniste » face au changement climatique et à la responsabilité de l’Homme.

Tandis qu’Emmanuel Macron invite les chercheurs étrangers à s’investir en France, faisons le lien avec la politique anti-européenne que souhaite mener Marine Le Pen. Elle aurait des répercussions sur le financement de la recherche française, largement soutenu par l’Union Européenne. Un collectif de chercheurs renommés avait à ce propos publié une tribune intitulée « Les programmes de Le Pen et Mélenchon pourraient nuire gravement à la science » dans le journal Le Monde.

Le patriotisme et le conservatisme sont présents dans le programme de Marine Le Pen, notamment dans les propositions concernant les sciences et l’éducation. Le Front National priorise l’apprentissage du français (et uniquement du français) ainsi que la recherche dans le secteur du développement durable, sans évoquer la recherche fondamentale ou une restructuration de l’université.

Cathy Dogon