Monnaie mathématique

Marie Jamon

Sophia se bat contre l’énigme la plus difficile du monde et jette ses neurones dans la bataille comme Joffre y jetait ses tirailleurs sénégalais. Elle tient bon dans ce qui s’avère être la mère de toutes les enquêtes, et s’enfonce dans les affaires illégales ourdies au cœur de ce que la presse aura tôt fait de nommer le « système Noel ». Sophia n’est armée que de son intellect et a transformé tout un panaché de rumeurs et d’informations douteuses en un glaive de preuves et d’évidences. Pour avancer sur cette route devenue dédale Sophia a besoin d’aide, elle a besoin de Markov, son Doppelgänger, son indispensable frère d’arme.

Markov n’a besoin de personne pour acheter un rôti de renne.

Ignorant, à dessein ou malgré lui, l’enquête de Sophia, l’enquêteur en congé est parti dans une boutique tenue par des immigrés lutins pour y trouver la délicieuse et très particulière viande de renne.

Pour cette opération mercantile, Markov s’est muni lui aussi des armes nécessaires : il a pris ce qui lui restait en monnaie de lutin, le fameux nollar. La communauté lutine continue de vivre avec un système parallèle. D’un naturel méfiant, le lutin n’accepte d’être payé qu’en nollar ou en franc suisse. Markov ne dispose que de la première monnaie d’échange. C’est donc avec, en poche, quatre billets, un billet de 1 nollar, un billet de 3, un de 4 et un billet de 6 nollars que Markov pousse la porte du « Au lutin rupin : achat vente de jouets d’occasion,  concessionnaire de traineaux et alimentation générale ouvert 24/24 ».

Le rôti de renne coute 24 nollars. Un quidam peu au fait de la culture lutine aurait rebroussé chemin, avec 1, 3, 4 et 6, impossible de faire 24. A priori oui mais le système monétaire lutin est complexe puisqu’il autorise, en plus des traditionnelles additions et soustractions, les opérations de multiplication et de division.

Cette conception des échanges marchands s’est maintenue malgré les injonctions nombreuses et renouvelées du Fond Monétaire International ou de l’Organisation Mondiale du Commerce et continue d’exclure les lutins de la plupart de grands traités internationaux tout en les plaçant en tête de l’ex liste noire des paradis fiscaux (les principaux fonds d’investissement n’ont pas boudé longtemps les potentialités financières du nollar).

Markov a lu les traités d’économie lutine, il est au courant et sait qu’avec ses 4 billets il pourra trouver la somme exacte de 24 nollars. Exacte car Markov a également consulté les quelques ouvrages d’anthropologie portant sur les lutins et sait que dépasser la somme demandée est considéré comme un outrage ignoble pour ce peuple de mathématiciens esthètes.

Avec ses billets de 1, de 3, de 4 et de 6 nollars, Markov doit donc atteindre le nombre exact et demandé de 24 nollars et pourra repartir avec son rôti de renne.

Question : comment obtenir 24 nollars avec ces 4 billets ?


Résumé : Markov doit obtenir 24 avec les chiffres 1, 3, 4 et 6.

Ces chiffres ne peuvent  et doivent être utilisés qu’une seule fois à l’aide des 4 opérations primaires (addition, soustraction, multiplication et division).

Crédits

Texte : Guillaume Mézières
Illustration : Marie Jamon