[Colloque] C’est quoi une recherche responsable ?

« Mettre les sciences au service du bien commun », c’est l’objectif de ce groupement de scientifiques, réuni·es lors d’un colloque le 13 septembre 2018 à Paris.

L’Homme est devenu une force géologique majeure! Ce qui se passe dans les labos détermine ce que sera le monde de demain. Le chercheur·la chercheuse n’est pas au dessus de la société, il·elle est dedans ! D’où la nécessité de penser un nouveau référentiel pour rapprocher sciences et société. Une réflexion qui ne date pas d’hier : en 1988 déjà, le groupe Sciences et société publiait un manifeste intitulé « Maîtriser la science ».

Rétablir la confiance
Plus qu’un simple changement de paradigme (« expression trop à la mode pour être honnête » selon Christian Vélot biologiste, maitre de conférence à l’Université Paris-Sud 11), le travail de la recherche avec les citoyen·nes est « un véritable engagement de valeurs » estime Andrea Vargiu, professeur de sociologie à l’Université de Sassari, en Italie. Pour lui « établir ensemble les questionnements de la recherche » ferait taire la méfiance citoyenne vis à vis des sciences.

Tandis qu’en Afrique, « le manque de moyens et de soutien politique a depuis longtemps poussé les chercheur·euses a impliquer les citoyen·nes, les associations etc, en France et en occident, la science semble rester l’affaire d’une poignée d’affranchi·es. D’après Seyni Moumouni, Directeur de l’Institut de Recherches en Sciences Humaines à l’Université de Niamey, au Niger, « Exposer et mettre à disposition du public les travaux de la recherche force les interactions ».

Le continent Africain justement est une terre d’expérimentations pour le réseau Wresinki Participation, Croisement des savoirs – ATD Quart Monde, représenté par Claude Ferrand, qui établit un nouveau modèle hiérarchique, ou plutôt non-hiérarchique de la recherche « On transforme la pyramide de Maslow en un cerce vertueux dans lequel s’imbriquent trois types de savoirs : la science, l’action et la vie. Cela permet le croisement des analyses, la co-rédaction des résultats et par voie de conséquence, le partage de la reconnaissance. Il en va de la compréhension de la réalité ! » Dans ce processus, les participants à la recherche sont tou·tes co-chercheur·euse, co-auteur·trice et co-formateur·trice.

« Constituer un contre-pouvoir »
L’idée de cette démarche est de « mettre la science au service du global, en favorisant l’innovation collective ». Isabelle Goldringer, directrice de recherche à l’INRA, insiste sur l’aide concrète que la recherche peut apporter dans différents secteurs tels que le sien, l’agronomie. Encore faut-il se donner la peine de « mettre en lien les différent·es acteur·trices, et amener les personnes issues de la société et non des sciences à gagner en autonomie sur la méthodologie. In fine, la société aura plus de poids face aux industries et à l’économie de marché ».

« Il s’agit de prendre conscience de l’urgence écologique » renchéri Catherine Bourgain, chercheuse en génétique humaine et statistiques à l’Inserm. Les scientifiques sont aussi des lanceur·euses d’alerte ! Néanmoins, la science ce n’est pas uniquement les laboratoires! Selon elle, s’il faut remettre la science dans le champ de la démocratie, « il ne faut pas pour autant réduire cette dernière au plébiscite ».

Un·e citoyen·ne informé·e et questionnant·e est plus intéressant·e qu’un·e autre qui aurait délégué son droit de réflexion et d’expression ! La question que tout le monde doit désormais se poser c’est : dans quel monde a-t-on envie de vivre ?

Écouter l’ITW d‘Isabelle Stengers, philosophe, professeure de l’Université libre de Bruxelles.

Invité·es

  • Isabelle Stengers, philosophe, professeure de l’Université libre de Bruxelles.

Crédits et Musiques

Reportage et ITW réalisés par Agathe Petit, le 13 septembre 2018.