Conférence : Sexe, genre et inégalités d’accès aux soins

Patricia Lemarchand est professeure à l’Université de Nantes, médecin et directrice de l’UFR Santé à l’Université de Nantes. Sa spécialité, c’est la biologie cellulaire. Membre active de la Mission Égalité femmes-hommes au sein de l’Université, elle a contribué à la venue de Catherine Vidal, en novembre dernier pour présenter sa conférence « Le Cerveau a-t-il un sexe? ». Le 22 janvier prochain à 12h30, Patricia Lemarchand propose une conférence intitulée « Sexe, genre et inégalité d’accès au soins ». Un temps qui expliquera pourquoi inclure le genre dans le processus médical des patients est pertinent. Ce temps s’inscrit dans le cadre des séminaires de la Structure Fédérative de Recherche en Santé François Bonamy.
Par Boris Lemasson

Est-ce que l’on parle uniquement de différence de traitement selon le genre ?
«  Le problème n’est pas qu’en terme de soins, il commence au diagnostic. Par exemple, les femmes attendent en moyenne six minutes de plus aux urgences, et encaissent un retard global d’une heure en prise en charge des infarctus.

Ces données viennent des Gender Studies produites dès 1995, largement reprises et confirmées en Europe et en France depuis. Ce qui à été regardé au début c’est au niveau des maladies cardio-vasculaires […] et maintenant il y a d’autres études dans les pathologies respiratoires, etc. »

Quels exemples plus récents sont marqués de cette différence de sexe ?
«  Si vous prenez le cancer du colon par exemple, chez l’homme et chez la femme ce n’est pas la même localisation, ni les mêmes anomalies génétiques, ni les mêmes traitements et pas le même pronostic ; c’est plus grave chez la femme que chez l’homme.

Ce ne sont pas non plus les mêmes recommandations préventives. Pour les hommes les mesures préventives sont plutôt sur l’arrêt des protéines alors que chez la femme c’est l’arrêt de la consommation de sucre et de graisse. Pourtant les recommandations actuelles sont globales et ne font pas de distinctions genrées. »

Quelle conséquence à ce manque de différenciation aujourd’hui ?
« La survie est moins bonne si vous êtes une femme que si vous êtes un homme avec cette pathologie […] C’est une question complexe qui passe par une prise en charge qui n’est pas toujours différenciée ».

Et ces données sont elles incluses désormais par les professionnels de santés ?
« Pour le cancer je pense que c’est fait. Parce que cela commence à être bien connu. C’est pareil pour le cancer du poumon. Chez l’homme à 90% c’est le tabac alors que chez la femme il y a 30 à 35% des cancers du poumon qui ne sont pas liés au tabac.

Sur le plan cardiaque il y a une prise de conscience des professionnel·les de santé qui est en train de se faire. Mais il manque encore une prise de conscience des gens. C’est-à-dire que si vous avez une femmes de 50 ans en face de vous qui a des douleurs au thorax personne ne va évoquer l’infarctus. Alors que si c’est un homme de 50 qui a des douleurs similaires, l’infarctus sera très volontiers évoqué. Donc le Samu va être appelé beaucoup plus vite. »

L’imaginaire collectif freine les premiers diagnostics ?
« Non, cela ne freine pas les diagnostics. Il y a une imagerie médicale qui est en partie fausse et qui pousse les gens à ne pas avoir les réflexes d’urgence dont on aurait besoin. »

Par rapport à la place des soignants, est ce que les genders studies sont intégrées pleinement dans leur apprentissage ?
« Cela commence à peine »

Pourquoi ce décalage ?
« Il faudrait poser la questions à d’autres membre de la professions. Mais depuis environs 2 ans, si vous aller au cinéma, on essaie de sensibiliser la population générale notamment à l’infarctus. Il y a une vidéo d’information ou l’on voit un couple qui va danser avec un homme plutôt obèse tout rouge et une femme plutôt mince. Un message dit que quelque chose de grave va se passer et on pense que c’est l’homme qui va s’écrouler et en fait c’est la femme qui s’écroule. Vous voyer la communication se développe et c’est fait par la société française de cardiologie donc par les cardiologues eux-même. Maintenant il y a toujours un délai entre ce que l’on découvre, ce que l’on sait et ce que l’on enseigne. »

Pour finir quelle est la place des sciences sociales sur cette problématique ?
« Dans les explications des études médicales. Les sciences sociales s’emparent de ces questions. On ne faisait pas d’études genrées avant, les américains ont commencés à en faire, et maintenant on fait appel aux sciences sociales pour essayer de comprendre d’où ça vient, pourquoi et comment y remédier. »