Genre & contraception : quelles (r)évolutions ? La contraception masculine en questions

Les 18 et 19 décembre 2017 à Sciences-Po Paris se tenait, à l’occasion du 60ème anniversaire de la loi Neuwirth, le colloque international « Genre et contraception : quelles (r)évolutions ? ». Organisé par le laboratoire junior Contraception et Genre, en partenariat avec l’Ined (Institut national d’études démographiques), cet événement avait pour objectif de dresser un état des lieux de la recherche et de la diffusion de la contraception dans le monde, dans un contexte de plus en plus prégnant d’égalité des sexes, et de responsabilité procréative.

En France, les lois Neuwirth de 1967 qui légalise la contraception et Veil de 1975 qui légalise l’interruption volontaire de grossesse (IVG) ont offert de nouveaux moyens aux couples pour planifier la constitution de leur descendance. De fait, l’utilisation des méthodes modernes (et réversibles) de contraception s’est très largement répandue.

Parallèlement, les couples souhaitent avoir moins d’enfants que par le passé : généralement deux, rarement plus de trois. Ces évolutions législatives, sociales et techniques ont donc profondément bouleversé les comportements féconds en France, tout comme dans la plupart des pays développés. En effet, la contraception est une variable « clé » de la démographie. Si autrefois, ce sont les hommes qui portaient la responsabilité d’une grossesse imprévue ou non désirée, depuis 50 ans, force est de constater que ce sont surtout les femmes qui endossent la charge mentale, physique et matérielle de la contraception. Ainsi dans l’hexagone, ce sont près de 97% d’entre-elles qui ont recours à la contraception, toutes méthodes confondues.

L’inégale prise en charge de la contraception par les hommes à travers les pays

La contraception permet de gérer sa capacité de reproduction. Tant qu’il faudra être deux pour concevoir, elle concernera aussi les hommes. Pourtant, depuis les années 50 et le « mouvement pour une maternité heureuse », 13 nouveaux contraceptifs féminins ont investi le marché français (diaphragme, stérilet, pilule, anneau, implant, patch etc…), aucun pour ces messieurs.

La vasectomie est plus répandue en Angleterre et en Espagne qu’en France.
Cécile Ventola, sociologue (Ined)

Et pour cause, d’après le dernier « Baromètre santé » de l’INPES en 2016, 76 % des hommes en couple considèrent que la contraception est l’affaire de la femme. Nos voisins anglais et espagnols, s’ils n’ont pas accès à d’avantage de contraceptifs masculins, refusent moins la vasectomie. Ils sont 10 % des hommes en couple avec enfant(s) à y avoir recours, contre 0,3% dans l’hexagone. Un écart qui s’explique en partie, selon Cécile Ventola, sociologue (Ined) par le fait cette méthode est systématiquement évoquée par les spécialistes de santé compétents.

Le « Baromètre santé » de 2016 a également mis en évidence la méconnaissance des hommes sur les moyens de contraception, exceptions faites du préservatif et de la pilule*. « Finalement, les hommes sont très mobilisés sur la contraception à l’entrée dans la sexualité, puis plus du tout ! » explique Mylène Rouzaud-Cornabas, politiste (Inserm, Science Po). L’occasion de rappeler le rôle central du médecin traitant, de l’obtétricien·ne, des infimier·e·s du planning familial, des sages-femmes, des gynécologues voire des psychiatres dans l’accès global à la contraception et plus encore la connaissance des moyens de contraception, masculins y compris.

C’est ce que tente de faire le Planning Familial de Paris, avec l’aide de l’association ARDECOM (Association pour la recherche et le développement de la contraception masculine) qui forme petit à petit ses bureaux en régions. 

Véronique Séhier, Présidente du planning familial.

210 000 IVG par an en France en 2007

Si l’on croise les données recueillies par l’Inserm entre 2000 et 2004 et celles du Baromètre Santé de l’Inpes de 2007, on apprend qu’un tiers des grossesses en France ne sont pas planifiées, ce qui représente 350 000 gestations chaque année. Parmi elles, 210 000 se terminent par une IVG. Or, de récentes études menées notamment par Dian Greene Foster (Université de Californie, USA) aux États-Unis ont montré les effets néfastes d’un avortement impossible alors que désiré sur les enfants qui en sont issus.**

On se soucie de la fertilité des femmes, et de l’infertilité des hommes. »
Nelly Oudshoom (Univertsité de Twente, Pays-Bas)

Selon une étude menée par l’Inserm et l’université Johns Hopkins de Baltimore aux États-Unis, publiée en 2014 : près d’un quart des hommes se déclarant à l’origine d’une grossesse au cours de cinq dernières années avoue que cette grossesse n’était pas intentionnelle. Des chiffres qui montrent la nécessité de responsabiliser les hommes, autant que les femmes.

Abstinence, préservatif, caleçon chauffant, vasectomie, injections annuelles de vasalgel… En 2018 le choix est extrêmement restreint pour les hommes. Certains, de plus en plus, revendiquent néanmoins leur droit à la contraception. C’est le cas Pierre Colin, fondateur d’ARDECOM.

Une « affaire de femmes », que des hommes prescrivent

Si la contraception et ses problématiques quotidiennes sont encore majoritairement affaires de femmes (en témoigne la très faible, pour ne pas dire nulle, participation masculine à ce colloque, en dehors des intervenants – ndlr), les hommes ont tout de même tenté de s’octroyer son expertise. Avant les années 60, la contraception, pratique illégale, faisait l’objet d’une expertise militante, présentée par toutes et tous comme un combat de femmes, pour les femmes. 

La loi Neuwirth (1967) a bousculé ce schéma, en professionnalisant progressivement l’expertise médicale contraceptive. Tant et si bien que dans les années 70 et 80, les femmes, qui en dehors de la gynécologie exercent encore très peu en tant que médecins, sont mises de côté. Le militantisme est tût et les articles de référence, qu’ils soient professionnels ou à destination du grand public, se technicisent. On ne fait plus référence qu’à des professeurs, les femmes étant cantonnées à la sphère militante. L’expertise professionnelle est genrée et la respectabilité de cette thématique se gagne en partie, « grâce » aux hommes.

Les hommes n’ont aucun problème avec les injections si c’est pour augmenter leurs performances, mais ils en ont si c’est pour la contraception.
Véronique Séhier, Présidente du planning familial

La contraception a connu deux révolutions : sa légalisation en 1967 et sa diversification (entre 20 et 30 ans plus tard, selon le pays). L’essor de la contraception masculine sera-t-elle la troisième ? Cela dépend autant des laboratoires de recherche que du bon vouloir de l’industrie pharmaceutique, les deux étant étroitement liés…

Agathe Petit