Projet de loi Parcoursup : le coup de gueule d’un doctorant

Depuis le lundi 22 janvier, les lycéens de terminale peuvent se connecter sur la nouvelle plateforme post-bac. Parcoursup est censée remplacer APB, l’ancien système pour trouver sa formation universitaire. Si le gouvernement d’Edouard Philippe n’en admet pas le juste mot, il s’agit bien d’une nouvelle forme de sélection à l’entrée dans l’enseignement supérieur. La mesure doit privilégier les remises à niveau pour les élèves en difficulté – les moyens alloués sont encore très flous -, mais continue de faire débat trois semaines après son application. Et pour cause, Parcoursup est examinée ce mercredi 7 février au Sénat alors que professeurs et élèves se sont déjà mis au travail.

Il y a quelques mois, on marchait à Nantes (et dans bien d’autres endroits) pour une science ouverte, accessible à tout le monde et indépendante.

Ben j’ai l’impression qu’avec le projet de loi sur l’accès à l’enseignement supérieur (avec le fameux Parcoursup), on se dirige dans l’exact opposé. »

Jérémy Freixas est doctorant en microélectronique et matériaux. Il a à cœur la vulgarisation des sciences (et est accessoirement le président du Labo des savoirs). Après avoir été très actif dans l’organisation de la marche pour les sciences, suite à l’élection de Donald Trump, en 2017, c’est vers le gouvernement français qu’il oriente désormais un nouveau coup de gueule.

« C’est vrai qu’il était difficile d’anticiper le nombre de jeunes qui auraient 18 ans en 2017… » ironise-t-il en évoquant le dernier scandale avec Admission Post Bac. Il semblerait néanmoins que les dernières mesures présentées ne soient pas beaucoup plus judicieuse.

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Pour être chercheur, il faut aimer organiser des fêtes et pratiquer des sports collectifs. C’est ce qui était marqué sur la fiche Onisep pour faciliter l’orientation des élèves. C’est vrai que dans mon labo, c’est exactement le profil qui m’entoure. »

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Bonjour les gens !

Vous avez sûrement entendu parlé de Parcoursup, cette nouvelle plateforme pour l’orientation des étudiants dans le supérieur.

Ce nouveau dispositif arrive avec une nouvelle loi étudiée en ce moment au Parlement.

L’idée est de réagir face au fait que de nombreux étudiants ont été laissés sans affectation l’an passé avec la procédure Admission Post Bac. Cette motivation est tout à fait louable : l’an passé, APB comptait 808 000 inscrits au début de la procédure pour 654 000 places.

Pour résoudre le problème, le gouvernement a donc décidé d’augmenter le nombre de places !
Ce qui est logique d’ailleurs, vu que le nombre d’étudiants augmente de plus en plus chaque année.

…Ah, en fait non, il a promis la création de quelques 20 000 places, « les modalités et moyens restent, cependant, à préciser ».

Ce qui est vraiment dommage, c’est de ne pas avoir anticipé aujourd’hui qu’il aurait autant de jeunes ayant 18 ans. Après tout, c’est vrai, l’âge des populations est une donnée assez difficile à suivre, j’imagine que l’état civil n’a pas de compte Twitter pour informer les personnes intéressées.

Il a aussi proposé de faciliter l’orientation.

…Ou pas. Les fiches de l’Onisep initialement mises en ligne sont très informatives (elles ont été corrigées depuis) : ainsi pour devenir enseignant-chercheur, il est indiqué qu’il faut aimer « organiser des fêtes » et pratiquer « des sports collectifs ». Ça représente bien la majorité des gens que je côtoie au labo ! Le summum étant : la passion pour la réparation des machines à laver étant un plus pour devenir infirmier. Je pense que l’usage de drogues ou la poésie surréaliste sont de bonnes passions pour bosser à l’Onisep !

Il n’y a pas que ça. Les universités ont donc eu quelques semaines pour rédiger des « attendus ». Là encore, l’idée de base est de donner le profil type du futur étudiant de la filière. Et là, magie magie : aucune uniformité, ça change d’une université à l’autre, certaines ont choisi de ne pas en faire, il y a même de belles envolées lyriques.

…Et encore raté. Ces attendus justement, montrent le gros décalage qu’il peut y avoir parfois entre la sortie du lycée et l’arrivée dans le supérieur. Au lieu de faciliter l’orientation, il s’agit d’une sélection voulue par le ministère, mais qui ne s’affirme pas – bien que le rapporteur du projet au Sénat n’ait pas peur d’utiliser ce mot.

On nous bassine à longueur de journées sur la nécessaire flexibilité des parcours d’études afin d’y intégrer des expériences diverses.

Mais j’ai l’impression qu’aujourd’hui, au mieux par manque de vision à long terme sur ce que doit être l’enseignement supérieur (vision que je n’ai pas la prétention d’avoir) et la recherche, cette non-réforme installe, rigidifie, les procédures d’orientation.

Avec Parcoursup, il sera plus difficile de se construire un cursus « hors du commun » car tout sera cloisonné. Et comme les moyens alloués au supérieur n’ont pas l’air de suivre la demande de formation, il va falloir se préparer à ce que tous les lycéens ne puissent pas avoir accès à la formation de leur choix après le bac.

Je terminerai cet interminable post par cette proposition fabuleuse qui va être débattue au Sénat dans les jours qui viennent : « toute augmentation du nombre de places dans une filière devra être justifiée par de bons taux de réussite et d’insertion professionnelle. À l’inverse, une formation dont les taux de réussite et d’insertion professionnelle sont faibles ou en diminution devra connaître une réduction de ses capacités d’accueil ».

Encore une fois, magie du réel, le choix des formations à l’université pourrait être décidé par l’insertion professionnelle.

Bref, qu’on soit d’accord ou non avec ces propositions et cet état d’esprit, ce projet de loi va effectivement avoir un effet sur l’accès au études supérieurs.

Mais de là à l’appeler « Orientation et Réussite des Etudiants », il y a encore des choses que je n’ai pas saisies.