[Revue de presse ] Dans l’actu : disparition des ortolans, mégalithe et génétique, moustique Tigre en Europe, petit précis historique des pelouses.

Plus d’ortolans dans 23 ans ?

Publié le 22 mai 2019 dans la revue Science, une équipe de chercheur·euse·s internationale rapporte ses conclusions suite à une étude sur la chasse à l’Ortolan, cette petite boule de plume autrement appelée Bruant ortolan (Emberiza hortulana). Présente pendant les beaux jours dans toute l’Europe, cette espèce emprunte plusieurs couloirs de migrations pour prendre ses quartiers d’hiver en Afrique subsaharienne. C’est à cette occasion qu’est pratiqué la capture d’Ortolan dans le sud ouest de la France.

À partir d’analyses de diversité génétique, de suivi de populations, de traçages des oiseux et d’analyses isotopiques, les auteur·trice·s ont cherché à modéliser le devenir des populations du nord de l’Europe.Les auteurs concluent qu’avec la forte pression de chasse exercée dans le sud ouest de la France, 23 ans est le temps moyen qui mènerait à l’extinction de la population norvégienne de ces Bruant ortolan.

Des mégalithes à la génétique : ce qui relie les peuples d’Europe du Nord…

Vous êtes curieux·euses à propos des mégalithes qui recouvrent la façade maritime européenne depuis 4000 à 7000 ans ? Une étude vient de paraître dans les Bulletins de l’académie des sciences des États-Unis (PNAS). Les auteur·trice·s se sont appuyé·es sur les nombreux sites archéologiques et ont séquencés 27 génomes de restes humains fossilisés dont 24 exhumés de ces sépultures mégalithiques. Leurs résultats vont dans le sens d’une déjà très forte connexion des populations Scandinaves, Britanniques et Irlandaises, appuyant l’hypothèse d’importantes migrations humaines entre ces régions. Toutefois, le niveau de migration n’atteint pas la forte intensité qui existait entre la péninsule ibérique et les isles britanniques.

Leurs observations vont plus loin et suggèrent que les populations qui ont érigé et utilisé ses sépultures mégalithiques étaient stables et stratifiés sans être déconnectées des populations de fermiers locales. Néanmoins, les individus retrouvés dans les sépultures semblent appartenir à des lignées patriarcales plus fréquentes que chez les populations d’autochtones. De plus, la reconstruction généalogique de ces individus exhumés montrent une continuité familiales entre l’isle de Gotland (Baltique, Suède) et ceux d’Irlande.
Comment le moustique Tigre a-t-il envahi l’Europe ?

Stéphanie Sherpa, doctorante au LECA (Laboratoire d’Écologie Alpine) à Grenoble à publié une partie de son travail de thèse dans la revue Molecular Ecology en Mars 2019. L’étude, qui commence tout juste à faire parler d’elle, à montré que le moustique Tigre a vraisemblablement bénéficié de plusieurs événements d’introduction en Europe (en Albanie, au centre et au nord de l’Italie).

C’est en recherchant des petites différences dans l’ADN des moustiques tigres que les auteur·trice·s ont reconstruit l’histoire de l’invasion à l’échelle de l’Europe. Pour ce faire ils ont échantillonné des moustiques à travers l’Europe, l’Asie et les USA. Les scientifiques ont ensuite reconstruit le scénario démographique le plus probable, pour comprendre comment l’invasion biologique de ce moustique – maintenant aux portes de Nantes – s’est déroulée.

Petit précis historique des pelouses

Une étude japonaise parue le 29 mai dans la revue Biology Letters s’est intéressée à l’histoire des pelouses en reconstruisant l’histoire démographique de quatre espèces de plantes spécialistes de ces milieux très particuliers que sont les gazons et les prairies. À partir des petites différences accumulées dans les génomes de ces quatre espèces, les auteur·trice·s ont estimé les tailles « efficaces » des populations – c’est à dire le nombre d’individu ayant contribué à transmettre leur ADN aux générations suivantes.

Comme le pâturage et les activités humaines ont maintenu ce genre de milieu en dépit des nombreuses forêts du dernier âge glaciaire, la théorie du refuge anthropique attendait des changements depuis 10 000 ans dans les tailles de ces populations. Il n’en est rien, leurs résultats montrent que les populations sont stables depuis 100 000 ans, mais les scientifiques observent d’important changements démographiques depuis 100 ans. Ces études montrent une fois de plus l’intérêt d’utiliser l’ADN pour reconstruire des événements anciens mais aussi la forte influence de nos sociétés humaines sur le fonctionnement des écosystèmes.