[REVUE DE PRESSE] Mercure l’inexplorée, les messages enivrants des plantes, collaborer par la pensée…

Chaud devant, on s’approche de Mercure
La planète la plus petite et la moins explorée du système solaire nous livrera bientôt ses mystères. Samedi 20 octobre 2018, la fusée Arianne 5 a décollé de Guyane avec à son bord les deux sondes de la mission BepiColombo, envoyées spéciales vers Mercure. Jusqu’ici, seuls deux robots de la NASA avaient vadrouillé près de la planète. Il faut dire qu’il n’est pas simple de lui rendre visite. Sa grande proximité avec le Soleil et sa vitesse rapide de rotation la rendent difficile d’accès. Si difficile que les deux sondes envoyées par l’ESA (European Space Agency) et la JAXA (Japan Aerospace Exploration Agency) devront voyager 7 ans et parcourir 9 milliards de kilomètres dans un milieu sacrément hostile avant d’atteindre son orbite !

Elles tourneront ensuite autour de Mercure pendant un an. Leurs 16 instruments – dont plusieurs réalisés par des laboratoires français – récolteront des données sur son champ magnétique, son interaction avec le Soleil et son exosphère (atmosphère très fine). Toutes ces informations inédites permettront de reconstituer sa composition et d’éclairer sa formation au sein du système solaire. Les chercheurs veulent notamment comprendre pourquoi son noyau est bien plus riche en fer que celui de ses consœurs. Ce sera aussi l’occasion d’étudier l’impact des vents solaires qui l’assaillent de plein fouet. Rendez-vous en 2026 pour les premiers éléments de réponses.

« Mangez-moi, mangez-moi ! je sens bon ! »
Certaines plantes sentent bons, mais pas pour n’importe qui. Selon des recherches de l’Université d’Ulm, des plantes ont développé un moyen de communiquer avec certains animaux par le biais de l’odeur de leurs fruits. Leur parfum envoie un message qu’on pourrait traduire par « Allez viens, on est bien… Mange-moi ! ». En se remplissant la panse de fruits mûrs, les animaux dispersent leurs graines, ce qui favorise la reproduction des plantes : tout le monde est gagnant.

Les lémuriens nocturnes de Madagascar entretiennent ce type de relation mutualiste avec une trentaine de plantes. Ils possèdent un odorat très développé mais une mauvaise vue. Ils ont donc davantage recours à l’olfaction et moins à la vision lors de la sélection de leur nourriture. Les chercheurs ont recueilli des centaines de fruits spécialisés dans la dispersion de leurs graines par ces lémuriens bigleux. Ils ont montré que quand ils sont mûrs, leur odeur augmente davantage que celle des espèces faisant appel aux oiseaux pour disséminer leurs graines. Les lémuriens au flair sensible utilisent ces changements de parfum pour identifier les fruits mûrs. Cette capacité des plantes serait un avantage sélectionné au cours de leur évolution.

Dans la même veine, une autre recherche sortie en septembre indique que la couleur des fleurs est un aspect de l’évolution qui permet lui aussi d’attirer des animaux disperseurs de graines. Qui l’eût cru, les plantes ont le monde animal à leurs pieds sans bouger la moindre racine.

Réchauffement climatique : les 0,5 degrés qui peuvent tout changer.
En 2015, le premier accord universel sur le dérèglement climatique faisait suite aux négociations qui se sont tenues lors de la Conférence de Paris sur le climat (COP21). Élaboré par l’ensemble des pays de la planète, il prévoit de contenir d’ici à 2100 le réchauffement « bien en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels » … idéalement à 1,5°C. Mais qu’est-ce qu’une si petite différence peut bien changer ? C’est à cette question que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) répond dans son avis délivré lundi 8 octobre. En s’appuyant sur 6000 études scientifiques, il donne à voir l’état de notre planète si l’accord de Paris était respecté. Les 400 pages du rapport décrivent une nette différence d’impacts entre 1,5 et 2°C, quel que soit le domaine étudié : accélération de l’extinction des espèces, chute de la production de blé, augmentation de la montée des eaux et des périodes de plus fortes canicules. Les 2°C, il vaut donc mieux éviter.
Le rapport propose également des solutions pour limiter notre émission de gaz à effet de serre, cause majeure de l’élévation des températures. A voir dans le récap’ de ce qu’il faut retenir, mis en ligne par le Ministère de la Transition écologique et solidaire.

Ils ont joué à Tetris par la pensée
Envoyer ses pensées comme une lettre à la poste vers le cerveau d’une autre personne était autrefois réservé à la science-fiction. Plus maintenant. En s’appuyant sur des recherches qu’ils mènent depuis plusieurs années, Andrea Stocco et ses collègues de l’Université de Washington à Seattle ont créé un dispositif nommé BrainNet, qui a permis à trois personnes de s’échanger des informations directement de cerveau à cerveau. Le tout afin de résoudre une partie simplifiée du célèbre jeu Tetris.

Pour devenir télépathe, il vous faut deux appareils. Un électroencéphalographe (EEG) pour enregistrer l’activité électrique du cerveau « émetteur » via des électrodes réparties sur la tête. Et un casque de stimulation magnétique transcrânienne (TMS, aussi utilisé en cas de dépression) pour transmettre les informations au cerveau « récepteur ». Notez que l’opération est non invasive, pas besoin de s’ouvrir la boîte crânienne pour en « extraire » les pensées.

Vous voulez en savoir plus ? N’hésitez pas à cliquer ICI pour découvrir le dossier spécial de Futura Science consacré à l’interface BrainNet.

De la dextérité d’un éléphant à celle d’un robot
Les éléphants sont des gloutons qui consomment environ 440 kilos de nourriture par jour. Autant dire qu’ils passent presque toute la journée à manger… sans les mains ! Pour rassembler leur pitance, ils se servent de leur trompe, certes dépourvue d’os mais composée de deux « doigts » agiles. Selon une étude publiée le 24 octobre dans Journal of the Royal Society Interface, la trompe pourrait devenir un modèle pour la conception de mains robotisées. S’il est en effet très difficile de développer une pince robotique suffisamment souple pour pouvoir saisir des objets de tailles et de formes variées, les éléphants, eux, y arrivent aisément.

Le personnel du zoo d’Atlanta a enregistré des vidéos du pachyderme « Kelly » au cours d’expériences faisant appel à la dextérité de sa trompe. Ses préposés lui ont offert des cubes de rutabaga et de carottes de différentes tailles ainsi que des tas de son de blé, a priori difficiles à saisir. L’expérience a permis de mesurer la force appliquée par l’éléphant sur les piles de nourriture et de visualiser l’agencement de sa trompe lors de la capture des aliments. Les chercheurs ont remarqué qu’elle rassemble d’abord les morceaux de nourriture puis appuie dessus pour les comprimer en bouchées compactes. Plus les aliments sont serrés les uns contre les autres, plus les frictions entre eux sont suffisantes pour pouvoir les soulever sans les faire tomber… Des résultats qui pourraient aider nos robots maladroits à s’emparer d’objets sans les renverser.

Prix Nobel 2018 : un français sur le podium
Comme chaque année, la distribution des prix Nobel récompense les personnes ayant apportés « le plus grand bénéfice à l’humanité ». Rappelons qu’Alfred Nobel a inventé la dynamite, et faire exploser des trucs ; ça a changé le monde. En France, seul Gérard Mourou, chercheur à Polytechnique et à l’université du Michigan, a obtenu un prix cette année avec sa collègue canadienne Donna Strickland. Récompensés par le Nobel de physique, ils sont les inventeurs d’une technique générant des impulsions lasers super puissantes et très courtes, appelée « chirped pulse amplification ». Ce procédé a déjà trouvé une application massive dans la chirurgie de correction des yeux et pourrait se révéler utile dans de nombreux autres domaines.

Retrouvez les autres lauréats des prix Nobel 2018 et leurs accomplissements dans Les Décodeurs du Monde.

Voir plus loin que le bout de sa main
Du bout de votre fourchette, même en fermant les yeux vous pouvez savoir si ce que vous touchez ressemble à de la purée, du riz ou quelque chose de plus consistant comme un doigt humain (ouch). La fourchette devient une extension de votre main grâce au sens du toucher. La même chose se produit lorsqu’une personne malvoyante perçoit son environnement à travers la pointe de sa canne blanche. Ce constat, les chercheurs de l’Inserm au sein du Centre de recherche en neurosciences de Lyon l’ont fait et ont réussi à prouver qu’un humain tenant un outil est bel et bien capable de percevoir tactilement son environnement au travers.

Imaginez-vous les yeux fermés avec un bâton à la main (ou une épée pour les plus téméraires). Si votre copain d’en face donne un coup dans le bâton, vous pouvez dire exactement où était le point de collision. Selon l’étude publiée dans Nature, la précision de cette localisation s’avère aussi juste que lorsque le choc est administré directement sur le bras. Les chercheurs ont ensuite enregistré les vibrations du bâton sur la main au moment du coup. Ils ont pu modéliser la manière dont les neurones sensoriels de la peau y réagissent. Comme la façon de bouger du bâton dans la main dépend complétement de l’endroit impacté, le cerveau est capable de recalculer où celui-ci se trouve. La prochaine fois que vous manipulez un balai pour déloger une araignée du plafond, rappelez-vous que vous utilisez ce superpouvoir de votre cerveau qui vous permet d’étendre votre main pour percevoir votre environnement grâce à un objet.