[Café des sciences] Faut-il avoir peur des cosmétiques ?

Les cosmétiques font l’objet de polémiques diverses et variées. Un climat de peur s’installe quant à l’innocuité des ingrédients entrant dans la composition de ces produits utilisés quotidiennement. Que faut-il penser de tout cela ?

Dans un premier temps,on évoquera les modes et les cosmétiques qui ne nous conviennent pas. Par exemple : mettre des filtres UV dans les gels douche, les crèmes hydratantes, les BB crèmes ou encore la tendance qui consiste à réaliser ses cosmétiques soi-même avec des ingrédients parfois douteux. Laurence Coiffard et Céline Couteau, deux des cinq expertes de la cosmétologie en France, répondront à vos questions.

Informations pratiques :
20h30-22h, au Café du Commerce, à Nantes.

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Résumé de la rencontre

Les cosmétiques font l’objet de polémiques diverses et variées. Un climat de peur s’installe quant à l’innocuité des ingrédients entrant dans la composition de ces produits utilisés quotidiennement, par les femmes et par les hommes ! (Et oui, il ne s’agit pas uniquement de maquillage. Gel douche, dentifrice, crème hydratante, crème solaire sont des cosmétiques.)

Est considéré·e comme « produit cosmétique»  toute substance ou tout mélange destiné à être mis en contact avec les parties superficielles du corps humain (épiderme, systèmes pileux et capillaire, ongles, lèvres et organes génitaux externes) ou avec les dents et les muqueuses buccales en vue, exclusivement ou principalement, de les nettoyer, de les parfumer, d’en modifier l’aspect, de les protéger, de les maintenir en bon état ou de corriger les odeurs corporelles.

Une réglementation ,mais très peu de recherche
La réglementation des cosmétiques a commencé par une dramatique affaire sanitaire au début des années 70 en France, qui a coûté la vie à une trentaine de nourrissons : l’affaire du talc Morhange ! C’est à Simone Veil, ministre de la Santé à l’époque, que l’on doit la première loi permettant d’assurer la sécurité des consommateur·trices. Ce qui s’appelait alors la Communauté Économique Européenne (CEE, nous sommes en 1976, suit la politique de l’Hexagone qui, dans le domaine, a été pionnière. Cela aboutira à la Directive 76/768/CEE. Maintes fois remaniée jusqu’en 2013, elle est devenue le Règlement (CE) N°1223/2009.

Pour autant, la cosmétologie n’a jamais intégré les questions de santé publique. La recherche « objective » (hors des laboratoires privés) est rare. En France, seulement cinq personnes (toutes des femmes) sont pleinement impliquées dans cette science. De nos jours, c’est le marché – et non les scientifiques – qui décide de ce qui est bon ou pas. Ainsi ont été créées des psychoses – scientifiquement infondées – autour de certains produits parmi lesquels les parabens, les dérivés de pétrole, le silicone ou encore le glycol.

Les produits « Bio » ne sont pas  forcément meilleurs que les autres !
Qualifiés de “produits sans, sans, sans…” , l’attrait dont ils font l’objet est entretenu par des peurs vis-à-vis des autres cosmétiques, en rapport notamment avec l’utilisation de glycol. Pourtant, aucune étude sérieuse ne fait état de risque toxicologique lié à leur utilisation. « Le discrédit a été jeté sur eux à la suite d’un amalgame fait avec certains éthers de glycols ayant une toxicité pour la reproduction. Il est à noter que les macrogols (autre nom du Polyéthylène glycol)  utilisés par l’industrie cosmétique dite “conventionnelle” possèdent pour la plupart une monographie à la Pharmacopée et qu’aucun ne présente de risque pour la santé humaine. Il en est de même pour la vaseline, la paraffine et la paraffine liquide. Ces matières premières, constituées d’hydrocarbures saturés, présentent la particularité d’être totalement inertes et sans aucune pénétration cutanée. Leur utilisation est donc sans danger. »

Mais alors, de quoi faut-il se méfier réellement ?
De l’alcool tout d’abord, qui favorise la pénétration trans-cutanée, de toutes sortes de substances. Utilisé comme conservateur, il brouille l’efficacité de certains produits, notamment des crèmes solaires. Les huiles essentielles, utilisées à outrance, et souvent allergisantes. Les filtres UV (de synthèse et minéraux) que l’on justifie par leur effet « anti-âge » et les générateurs de formol, utilisés à hauteur de 5 % pour durcir les ongles . Ces derniers sont des conservateurs, mais aussi des actifs connus pour être irritants, allergisants voire cancérigènes par inhalation.

Il est intéressant de constater que notre appréhension vis-à-vis des cosmétiques ne s’applique pas à notre alimentation. Les parabens, pour ne citer qu’eux, sont naturellement présents dans les fraises, et cela n’inquiète personne. Autre exemple, le tatouage. nous n’avons aucun soucis à nous injecter sous la peau des substance dont on ne sait rien, mais appliquer une crème est angoissant ! La cosmétique et la cosmétologie pullulent d’idées reçues…

Pour tout savoir sur les travaux de nos deux intervenantes, vous pouvez consulter leur blog et leur compte twitter.

Invité·es

– Céline Couteau, maître de conférence en pharmacie industrielle et cosmétologie à l’université de Nantes et CHU de Nantes.

– Laurence Coiffard, professeure de galénique et cosmétologie à l’université de Nantes et CHU de Nantes.