Coup de gueule de thésard : quand la méthode devient une usine à production massive

Publish or perish : Publiez ou crevez en français, être ou ne pas être dans le monde de la recherche scientifique aujourd’hui. Un système de production massive, contrôlé par les grandes revues et les intérêts économiques. La vraie réflexion diminue de plus en plus et les publications deviennent juste des études répétitives qui confirment ce qu’on savait déjà. Les chercheurs sont incités à produire, pas à avoir raison (disait Catherine Frammery, journaliste pour le journal Suisse Le Temps, en 2017).

Dans cette dynamique, un chercheur est jugé et qualifié selon le nombre des publications faites, et par rapport à « l’impact factor » de ces publications. Cela détermine la poursuite ou la fin de sa carrière. La pression et la compétition augmentent dans le monde académique pour avoir un poste dit « post-doc », « professeur ou chercheur adjoint » etc. Les directeurs de recherche deviennent des chasseurs de bourses pour financer les projets, et la production des résultats repose sur les étudiants en thèse, et aussi en partie sur les stagiaires de master.

La méthode ? Il faut ne pas trop y réfléchir  : c’est publish or perish. Le ton est donné. La course contre le temps commence. Le thésard, véritable ouvrier de la science, n’a pas d’horaire, le travail continue bien souvent à la maison, le weekend dans une bibliothèque, et il arrive même que certains rentrent de manière illégale dans son laboratoire parce qu’il n’a pas les outils nécessaires chez lui.

Dans une étude réalisée par différentes universités en Europe et en Chine, Levecque et ses collaborateurs ont montré qu’un « étudiant en doctorat sur deux éprouve une détresse psychologique ; un sur trois est à risque d’un trouble psychiatrique commun ». Tout ça à cause de la pression et du stress générés par le système de production scientifique massive.

Même si une grosse part de la recherche est produite dans des universités ou laboratoires publiques, à la fin ce sont les grandes revues qui publient et privatisent ainsi les publications. A savoir que l’accès peut coûter entre 30 et 50 dollars. L’open access? Mirage… Il faut que l’auteur paye pour voir son travail publié. Dans mon cas personnel, l’option open access ou « de libre consultation » m’est revenu à 400 dollars.

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » disait François Rabelais en 1534

Depuis 400 ans, on s’est bien aperçu qu’une bonne partie de la science ne nous mène nulle part, comme l’a soutenu Rousseau dans son discours sur les sciences et les arts. Une science conduite juste par l’ego, qui se sent en dehors de la nature, qui a l’impression de tout contrôler… Mais une vague venue de la mer ou un soufflement du ciel nous rappellent bien que ces grand châteaux puissants ne sont que du sable.

Pour les chercheurs, la méthode commence par une question. Posons de vraies questions pour le progrès de tous, le progrès attendu aujourd’hui comme un équilibre entre Homme et nature. Finissons-en avec les questions sexys pour vendre du papier, et se vendre sur le marché du travail comme une marchandise de péremption.

Un billet de Camilo Arias

Sources

Levecque, K., F. Anseel, A. De Beuckelaer, J. Van der Heyden, and L. Gisle. 2017. Work organization and mental health problems in PhD students. Research Policy, 46:868-879.
François Rabelais. 1534. Pantagruel.

Jean-Jacques Rousseau. 1751. Le Discours sur les sciences et les arts.

«Publish or perish», quand la science met les chercheurs sous pression – Le Temps