De l’enfermement à l’électroconvulsivothérapie, l’histoire de la psychiatrie

La révolution française a fait tomber des têtes, mais elle a aussi permis d’en sauver ! C’est à partir du XIXème siècle que la psychiatrie s’est vraiment développée et a mis au point ses premiers traitements.

De nos jours, pour soigner les malades, on utilise les psychothérapies, les médicaments et parfois d’autres moyens moins connus…

Une chronique de WhyDoc 

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Pour parler des traitements en psychiatrie, il faut d’abord rappeler que la discipline ne se développe réellement qu’au XIXème siècle, après la révolution française. Avant cela, les fous – comme on les appelait – étaient incompris et bien souvent enfermés voire enchaînés. Divers moyens étaient mis en oeuvre pour tenter de les ramener à la raison : la prière, les incantations magiques, les saignées, les lavements, les douches froides, et d’autres pratiques plus proches de la torture que du soin.

Après la révolution, les choses changent progressivement. Les asiles de fous se transforment en hôpitaux psychiatriques, et à la fin du XIXème siècle, on voit apparaitre les premières psychothérapies : une manière de soigner les maladies mentales qui passe par la parole, la réflexion et l’échange.

La psychothérapie la plus connue est sans doute la psychanalyse incarnée par Freud. Moins célèbres mais beaucoup plus utilisées de nos jours, d’autres formes de psychothérapie se sont développées ensuite comme la thérapie cognitivo-comportementale, la systémie, l’hypnose thérapeutique et les thérapies brèves pour ne citer que celles-ci.

Du côté de la pharmacie, on a d’abord essayé d’utiliser diverses drogues comme le LSD, mais les résultats n’étaient pas concluants. Il faut attendre les années 50 pour voir apparaitre les premiers médicaments psychotropes : les neuroleptiques, les antidépresseurs et les benzodiazépines. Voici un nouveau moyen de calmer les hallucinations, les idées noires et les angoisses qui, utilisés en compléments d’une psychothérapie, vont changer la vie des malades.

Malheureusement parfois, cela ne suffit pas. Alors il arrive qu’on utilise un vieux traitement : la sismothérapie. Ce nom ne vous dit probablement rien mais vous le connaissez. On l’appelle aussi électroconvulsivothérapie ou encore electrochocs. Oh oui ce mot là fait tilt. Vous avez peut-être en tête les images de Vol au-dessus d’un nid de coup. Ce film raconte comment la technique a pu être utilisée à ses débuts, plus pour punir les malades que pour les soigner.

C’est vrai que faire passer du courant électrique dans le cerveau d’une personne pour la soigner, ça peut paraitre étrange. D’autant plus que ça a pour effet secondaire de provoquer une crise d’épilepsie assez impressionnante. Mais l’électroconvulsivothérapie a évolué. De nos jours on s’en sert pour soigner plusieurs maladies et notamment en cas de dépression sévère. Quand on dit sévère c’est que, soit les médicaments et la psychothérapie sont inefficaces, soit la personne est tellement mal qu’elle ne pense qu’au suicide. Alors, avant d’utiliser l’électroconvulsivothérapie, on demande son accord au malade ou à la personne qui le représente, et on se fait aider d’un anesthésiste.

En effet cette technique se fait maintenant sous anesthésie générale. C’est une anesthésie très courte, quelques minutes, mais qui permet de ne rien sentir, de ne pas garder de souvenir, et de diminuer les convulsions de la crise d’épilepsie. Une fois le patient endormi, le médecin pose deux électrodes sur le crâne du patient et envoie un courant électrique. C’est le passage de ce courant dans le cerveau qui est thérapeutique. On réalise 5 à 20 séances sur plusieurs semaines et on continue les antidepresseurs et la psychothérapie en parallèle pour renforcer le bénéfice de ces séances.

Le mode d’action de l’électroconvulsivotherapie est mal compris. On pense que cela modifie le développement des neurones et leurs connexions, mais ça reste encore mystérieux. Quoiqu’il en soit, on a assez d’études pour se rendre compte de l’efficacité de la technique, bien qu’elle provoque parfois des troubles de la mémoire.

Plus récemment, de nouveaux traitements se sont développés un peu sur le même principe mais sans provoquer de crise d’épilepsie. Il y a la stimulation magnétique transcranienne ou l’implantation d’électrodes directement dans le cerveau.

J’espère pouvoir refaire une chronique d’ici quelques années, dans laquelle je vous parlerai des progrès majeurs de ces nouveaux traitements.

Sources

  • Missa JN. La psychopharmacologie et la naissance de la psychiatrie biologique. Presses Universitaires de France. 2008 Martineau W. Questions à propos de l’électroconvulsivothérapie (ECT). 2015. Disponible sur : http://www.chu-nantes.fr/questions-a-propos-de-l-electroconvulsivotherapie-ect–34375.kjspPetit LM.
  • Les représentations sociales de l’électroconvulsivotherapie : analyse historique, filmographique et médiatique du traitement. Grenoble. 2017 Servasi S, Ansseau M, Mikolajczak G, Desseilles M.
  • L’électroconvulsivothérapie en 2008. Rev Med Liege. 2008 Etter JF, Bertschy G.
  • Electroconvulsivothérapie : point de vue sur un traitement banni. Rev Med Suisse. 2008. Disponible sur : https://www.revmed.ch/RMS/2008/RMS-148/Electroconvulsivotherapie-point-de-vue-sur-un-traitement-banni