Éléphant de Sicile : « la bonne taille, c’est quand les pieds touchent par terre »

Une chronique de Paul Pascal 

Lire la chronique

Qui a dit : « La bonne taille, c’est quand les pieds touchent par terre » ?

Eh ben figurez-vous que le Coluche, il croyait pas si bien dire, et certaines espèces disparues, même si elles ne sont plus là pour le confirmer, lui donneraient bien raison.

Par exemple combien mesure un éléphant ? Ah, là, j’entends déjà les locaux répondre 12 ou 13 mètre ? C’est qu’à Nantes, côté pachydermes, on est un peu déformés par une espèce particulière d’éléphant mécanique, le Royal-de-Luxus-Machine-de-l’isle-Elephantus-Très-très-rarus…

Du coup, quand on en voit un vrai, on le trouve tout petit. Rigolez pas, c’est du vécu. Alors qu’en fait, un vrai éléphant d’Afrique mesure quand même 3 mètres 50, et celui d’Asie un peu moins de 3 mètres. Autant dire que même un Nantais, ça ne fait pas trop le malin face au bestiau…

Mais pour les Siciliens, c’est différent…

Les Siciliens…

Mais si, vous savez bien, au sud de l’Italie, ces gens qui vivent en clan sur une musique d’Ennio Morricone ! …

Eh bien les Siciliens, enfin ceux qui vivaient au Pléistocène, plus de 12 000 ans avant notre ère, ils faisaient sans doute un petit peu plus les malins, eux : parce que quand ils croisaient un éléphant, c’était un Elephas falconeri de moins d’un mètre et même pas 200 kilos ! Une rigolade ! Pour vous donner une idée, les plus petits faisaient environ la taille d’un cochon, et pour les plus grands celle d’un bœuf. Du coup on l’appelle aussi parfois l’éléphant pygmée. Ça a même duré pas mal, puisqu’on en trouve encore trace il y 500 ans en Sicile.

Moi j’aime bien les espèces naines. Je vois pas pourquoi ça vous fait rire, c’est pas beau de se moquer des chroniqueurs d’un mètre soixante-trois… Et comme j’aime bien les petites bestioles, je me me suis demandé : comment se fait-il que sur une île paumée au milieu de nulle part, on trouve un éléphant nain ?

La réponse est presque dans la question. Sur une petite île, c’est mieux d’avoir des petits animaux. Et des Elephas falconeri, on en trouve traces sur beaucoup d’îles de Méditerranée : Malte, Sicile, Crète et plusieurs îles grecques dont Tilos.

En fait, pendant les périodes glaciaires, le niveau des mers était beaucoup plus bas qu’aujourd’hui. Les îles étaient plus grandes, et les bras de mer réduits, parfois même on passait à pieds secs. Enfin, à pattes sèches. Donc les éléphants, quand ils ne se balançaient pas sur une toile-toile-toile-toile-d’araignée, ils partaient en vacances dans les presqu’îles. Ou même dans les îles, puisqu’ils sont d’excellents nageurs.

Et là, paf : sans prévenir – revoyez l’Âge de glace 1 et 2 – : fin de la période glaciaire. Le niveau de la mer remonte, impossible de quitter son île.

Chez les espèces de grande taille à l’origine, l’isolement géographique, en l’absence de prédateur, induit une phénomène évolutif appelé le « nanisme insulaire ». Les éléphants des îles méditerranéennes ont donc évolué vers une espèce de taille plus petite. Et en plus, quand on est petit, on mange moins.

Ne me regardez pas comme ça je suis un mauvais exemple de l’évolution. Et je vis sur le continent. Mais chez les éléphants normaux, quand on est petit, on a moins besoin de nourriture, donc on vit plus facilement sur une petite île.

Ah tiens, au passage, petite anecdote : un crâne d’éléphant, vu de face, ressemble à un gros crâne humain, mais avec un gros trou au milieu du front, pour la trompe. Les orbites, elles, sont toutes petites, peu visibles, et placées sur les côtés de la tête. Autant dire qu’on peut ne pas les voir.

Alors un crâne humain géant avec un seul trou au milieu du front, ça ne vous fait penser à rien ? Un seul trou, un seul œil… Eh oui, selon certaines théories, c’est la découverte de crânes fossiles d’éléphants nains qui aurait pu inspirer la légende des cyclopes…

L’éléphant de Sicile a aussi été répertorié en Crète où il devait cohabiter avec une seconde espèce de pachyderme : l’Elephas creticus. Des molaires fossiles appartenant à cet animal avaient été découvertes en 1904. Mais en 2012, une étude de chercheurs du National History Museum de Londres a montré que les dents trouvées appartenaient… à un mammouth ! L’espèce a donc été renommée Mammuthus creticus.

Mieux : un os, un humérus fossilisé, a également été trouvé. Il a permis d’évaluer la taille de ce mammouth nain à environ 1 mètre 10 pour 310 kg… Il fait moins le fier, là, le mammouth, hein ?

Mais bon, je ne voudrais pas empiéter sur les sujets de mes petits camarades alors je vais terminer ici ma chronique. Parce que même si mes pieds touchent bien par terre, c’est l’ami Maxime qui va vous parler des mammouths, et il est bien plus grand et beaucoup plus fort que moi.

Et je ne voudrais pas terminer en victime de l’évolution…

Sources

  • Elephant nain : https://fr.vikidia.org/wiki/Éléphant_nain
  • Elephas falconeri : https://fr.wikipedia.org/wiki/Elephas_falconeri
  • La plus petite espèce de mammouth nain découverte en Crète – Futura Sciences – 17/05/2012 : https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/paleontologie-plus-petite-espece-mammouth-nain-decouverte-crete-38715/

Sans oublier :

  • Le Royal-de-Luxus-Machine-de-l’isle-Elephantus-Très-très-rarus : https://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_éléphant
  • L’Age de glace : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=35784.html
  • Le clan des Siciliens : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=20425.html