Eyjafjallajökull : le volcan de glace

Mars 2010, un volcan islandais se réveille après 180 ans de sommeil, son nom ? L’Eyafjöll. Ce volcan n’est pas comme on les imagine d’habitude, car il est couvert d’une calotte glaciaire au nom imprononçable : l’Eyjafjallajökull. Oui, c’est dur à lire mais son étymologie nous permet d’y voir plus clair : èya- île ; fyatla – montagne et yökoutl-glacier. Résultats de son éruption : l’émission de plus de 100 000 tonnes de Co2 par jour, 800 personnes déplacées et des centaines d’avions cloués au sol… Le réveil de l’Eyafjöll nous a démontré l’impact que pouvaient avoir les catastrophes naturelles sur l’économie.

Une chronique de Vassili Moreau

Lire la chronique

On m’appelle Eyafjöll, mon nom signifie “la montagne de l’île”.

Je suis le fils de deux forces de la nature : la dorsale médio-océanique entre l’Europe et l’Amérique, et l’île d’Islande. À la jonction des forces de la lave et de la glace, j’ai grandi pendant des milliers d’années jusqu’à atteindre la belle taille de 1666 mètres.

J’ai rencontré les humains pour la première fois au VIème siècle lors de leur venue dans mon domaine, d’abord quelques moines chrétiens, puis des païens scandinaves. Ces derniers ont été assez téméraires pour coloniser l’Islande. Néanmoins, ces petites créatures sont timides et peureuses. Le premier à oser grimper sur mon dos est Sveinn Palsson en 1793.

Les humains ont connu quatre de mes éruptions : en 550, en 1612, en 1821… quant à ma dernière éruption, elle date du 20 mars 2010.

À cette occasion, je me suis fait piquer la vedette par ma sœur, la calotte glaciaire qui me recouvre : l’Eyjafjallajökull…. Ah, bravo cher narrateur, pas facile de prononcer son nom quand on n’est pas islandais… bon nombre de présentateurs de télévision et de radio ont massacré ce merveilleux nom composé de trois mots islandais  : èya- île ; fyatla – montagne et yökoutl-glacier.

Ce qui est étrange, c’est qu’ils ont utilisé son nom complexe, au lieu d’utiliser mon propre nom qui est plus facile à prononcer : èyafyöll.

Après 180 ans de sommeil, sans crier gare, des coulées de lave glissent sur mon flan… cela dure un mois, puis la terreur reprend, cette fois mon cratère fait chauffer la calotte glaciaire Eyjafjallajökull, ce qui entraîne des inondations : 800 personnes doivent être évacuées. C’est également à ce moment que je rejette des cendres volcaniques à 4300 m d’altitude…cendres et poussières volcaniques qui s’avèrent dangereuses pour les réacteurs des avions… Mon éruption cause un des plus grands blocages du trafic aérien de l’histoire. Ce n’est tout de même pas ma faute si je suis situé en plein atlantique nord et que les courants atmosphériques se situent au carrefour des couloirs aériens majeurs…

La commission européenne a estimé que ma petite colère avait coûté entre 1,5 et 2,5 milliards d’euros à l’industrie aéronautique et touristique…

Et comme si c’était pas suffisant, on m’a même accusé de détraquer le climat… Je vous rassure, ce n’est pas une simple éruption comme la mienne qui va faire plus de dégâts que les industries des humains. Cependant, mes cendres ont engendré des orages et mes rejets volcaniques auraient relâché entre 150 000 et 300 000 tonnes de Co2 par jour selon les estimations de l’Université de Durham en Angleterre. Mais ce que mes détracteurs ne disaient pas, c’est que les avions que j’ai maintenus au sol dégagent d’habitude l’équivalent de 510 000 tonnes de Co2 par jour, et ce, rien qu’au dessus de l’Europe.

Une petite part de honte m’a gagné, je décidais alors de me rendormir le 23 mai 2010. J’ai malheureusement causé du tort aux humains… mais d’une certaine manière, je pense leur avoir rappelé que la nature est incontrôlable et qu’ils doivent rester sur leurs gardes !