La grenouille Rheobatrachus silus vomissait ses petits

Une chronique d’Agathe Petit

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Vous me connaissez, j’aime le beau-dégoûtant !

C’est un concept que nous avons validé avec Maxime Labat, et qui désigne l’ensemble des spécimens (animaux ou végétaux) qui nous fascinent autant qu’ils nous repoussent.

Et là, je dois dire que j’en ai un bon !

Une espèce de grenouille qui accouche littéralement, par la bouche ! J’ai nommé la grenouille plate à incubation gastrique – A.K.A « Rheobatrachus silus ».

Endémique du sud-est du Queensland, en Australie, elle vivait entre 350 et 800 m d’altitude.

Décrite en 1973 par David Liem, herpétologue de son état – c’est à dire un spécialiste des reptiles – cette petite grenouille avait pour particularité d’avaler ses œufs, qui se développaient alors dans son estomac. La fonction digestive était alors suspendue jusqu’à la naissance des têtards. Des têtards : pas tout à fait ! C’est un bébé grenouille complètement formé que les femelles dégobillaient.

Cette capacité a tellement été étudiée par les scientifiques, désireux de trouver la molécule que c’est ce qui aurait causée la perte de Rheobatrachus silus car trop de prélèvements d’individus ont été effectués.

Elle fut considérée comme éteinte en 2001, date indicative car elle n’a en fait pas été revue depuis 1981 dans son aire d’origine.

Et je ne suis pas la seule à souhaiter la ramener d’entre les morts ! En 2013, le professeur Mike Archer, de l’Université de New South Wales en Australie, a présenté son projet de clonage de cette espèce disparue.

Et ils y sont presque arrivés ! L’équipe s’est procurée des échantillons congelés pour en extraire du matériel génétique encore utilisable. Ils ont utilisé une méthode de clonage dite de transfert de noyau de cellules somatiques, consistant à récupérer le noyau d’une cellule et son information génétique pour l’incorporer dans des cellules-œufs d’un autre individu.

Mais le développement de leurs petits clones n’a jamais dépassé le stade embryonnaire…

Ressusciter des espèces disparues est un débat qui n’a pas fini de faire couler de l’encre, ses implications scientifiques et éthiques étant nombreuses et complexes. Peut-on vraiment cloner un animal disparu ? Le débat est loin d’être tranché !

Et ces questions concernent bien d’autres espèces. On a déjà vu des annonces concernant des clonages de mammouth, et sont en cours des expériences sur le Thylacine (Tigre de Tasmanie, plus vu depuis 1936, officiellement déclaré disparu en 2013), ou encore la Tourte voyageuse (ou pigeon migrateur, disparu depuis 1914).

Quand bien même ! En admettant qu’on réussisse, il faut aussi se poser la question de leur réintroduction. Comment les réintroduire dans la nature si leur milieu naturel est déjà détruit ? Faudra-t-il les élever dans des zoos ? Se pose aussi le problème de la diversité génétique au sein de l’espèce. Quelques individus ressuscités ne suffiront certainement pas pour maintenir et développer de nouvelles populations.