L’Inde s’impose dans le club fermé des technologies spatiales

L’Inde a été en 2013 la troisième nation à explorer Mars. Depuis, les agences internationales reconnues prennent l’ISRO plus au sérieux. Et pour cause, sa main d’oeuvre est peu chère, et la qualité de ses productions a été prouvée. D’autres missions sont en cours, notamment pour recueillir des données sur la Lune, et une potentielle « eau magmatique ».

Une chronique de Cathy Dogon

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Petite remise en contexte. L’Inde est une puissance grandissante que l’on ne peut plus négliger. Imposante par son milliard 300 millions d’habitants, les plus optimistes la projettent à la troisième puissance mondiale d’ici 2020. 2020, c’est demain !

Attention, si économiquement l’Inde se porte de mieux en mieux, la deuxième puissance démocratique mondiale n’est pas non plus le royaume des merveilles : l’autosuffisance alimentaire n’est plus garantie à cause de la raréfaction des terres agricoles, du manque d’eau et de l’augmentation de la population. A cela, il faut ajouter une criminalité importante dans les villes : A New Delhi, la capitale, le taux de criminalité pour 100 000 habitants s’élevait en 2010 à 281,34 crimes.

La moitié de la population a moins de 25 ans. Et ça, c’est un véritable atout, et une force de travail.

La croissance économique exponentielle et la compétitivité mondiale, ce nouveau pays industrialisé, comme on l’appelle, les doit à ses pôles d’excellences reconnus. Parmi eux les biotechnologies, l’industrie pharmaceutique, la production de logiciels, et évidemment… l’industrie spatiale.

L’expertise spatiale indienne devient peu à peu incontournable. Il y a presque un an jour pour jour, l’ISRO, l’agence spatiale indienne, a réalisé une prouesse. Elle a envoyé dans l’espace 104 satellites en un seul vol. Le Polar Satellite Launch Vehicle (PSLV), mercredi 15 février 2017, était une première. Le précédent record de ce type était détenu par la Russie, avec 39 satellites en juin 2014.

Pour info, l’ISRO c’est plus d’un milliard d’euros par an, débloqué par le gouvernement. Et ça fait débat bien sûr, parce qu’en Inde, il y a bien d’autres chantiers à développer, notamment des chantiers sociaux comme je l’ai évoqué tout à l’heure. Depuis 1969, l’agence spatiale indienne s’est forgée sur l’expérience d’autres nations. Elle a longtemps été sous l’aile des Etats Unis, puis de la France. Cocorico… Les projets se développent d’années en années et les Indiens ne manquent pas d’ambitions.

En 2013, la nation de Bollywood a d’ailleurs envoyé sa sonde en orbite autour de Mars. Elle émet toujours et transmet encore des informations sur la planète rouge. Pour l’anecdote, cette mission aura coûté moins cher que la réalisation du film Gravity.

Et c’est là toute la richesse de l’Inde en fait : sa main d’oeuvre peu chère. Les Occidentaux parlent même de programmes spatiaux low cost, encore moins chers que ceux d’Elon Musk, qui défiaient déjà toute concurrence.

La République de l’Asie du Sud se distingue aussi par ces politiques spatiales. A la différence des nations reconnues pour leur aéronautique, elle n’a pas peur de paraître has been. Alors que l’Europe et les Etats Unis, par la voix d’Obama notamment – que l’on regrette par ailleurs – placent derrière eux toutes les missions lunaires, les Indiens eux projettent d’y alunir en 2018.

Avec Chandrayaan-2 (qui veut grosso modo dire « véhicule lunaire » ou « voyage lunaire »), ils espèrent recueillir des données sur le sol de notre satellite naturel. Les derniers à avoir fait ça, ce sont les Chinois, en 2013 avec le rover Yutu.
La Lune, les Indiens la connaissent déjà. En 2008, Chandrayaan-1 avait détecté une supposée « eau magmatique » dans un cratère lunaire. Cette nouvelle mission doit étudier cette hypothèse.

Si les Américains ont été les premiers à y poser les pieds, les premières découvertes lunaires d’ampleur pourraient être indiennes. Et chacun se réjouirait que la patrie de Shiva endosse ce rôle.

D’ailleurs, les nations concurrentes apprécient utiliser les savoirs-faire indiens. Les Etats Unis ont fourni 96 des 104 satellites dont je vous parlais tout à l’heure. Les autres étant d’origine israélienne, néerlandaise, kazakhe, saoudienne et suisse. Preuve que la géopolitique de l’espace est passée dans une autre ère : la coopération, et entre nous, c’est plus facile de coopérer quand le coût de la main d’oeuvre est moins cher ailleurs.