Pays en voie de développement, un décollage spatiale écolo ?

Et si la course vers l’espace des pays émergents et en développement servait des intérêts environnementaux ? Idée folle ? Pour autant le suivi environnemental depuis l’espace offre bien des avantages pour le développement même de ces pays. Des projets ont déjà abouti ou sont sur le point de l’être…

Une chronique de Solenne Lhéritier

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Je vous vois venir. Les technologies spatiales et l’environnement c’est bien la dernière des préoccupations des pays émergents ou en développement ?! Détrompez-vous ! Je vous donne deux exemples. Le premier concerne la Chine qui va lancer en 2018 en orbite autour de la Terre, un satellite d’océanographie issu d’une collaboration avec la France. Il a pour but d’améliorer les prévisions météorologiques marines et ainsi permettre de mieux anticiper les fortes tempêtes et les cyclones. Il assurera également une mission plus scientifique de compréhension du climat, par le biais de l’étude des échanges entre les océans et l’atmosphère. Le lancement de ce satellite à visée environnementale est d’ailleurs bien loin d’être une première pour ce pays. La Chine étant actuellement la deuxième puissance économique dans le monde, elle constitue peut-être un cas à part. Parlons alors de l’Afrique du Sud, du Mexique ou encore de la Malaisie, dont les agences spatiales font partie du Comité sur les satellites d’observation de la Terre (CEOS), qui coordonne la gestion internationale des missions d’observation et d’étude de notre planète, dans l’objectif de mieux appréhender le climat.

Pourquoi un tel intérêt de leur part ? Ces satellites de télédétection permettent une gouvernance autonome et efficace en matière de gestion des ressources naturelles, d’adaptation aux changements climatiques voire même d’organisation suite à une catastrophe naturelle telles que des inondations, des sécheresses ou encore des ouragans. Plusieurs degrés de maîtrise des technologies spatiales pour ces applications sont à considérer. Il peut s’agir de l’utilisation des données issues de ces satellites, de la conception et du développement de satellites voire même de la prise en charge du lancement et de la mise en orbite.

Commençons par le cas du Kenya. Ce pays d’Afrique de l’Est lutte depuis plusieurs années contre le braconnage d’éléphants. Le tourisme est impacté négativement par ces atteintes contre la faune locale. Dans ce contexte, le Kenya s’est alors investi depuis juin 2016 dans le développement de sa plateforme à Malindi, pour pouvoir récolter et analyser des données spatiales assurant l’observation des déplacements de certains groupes de pachydermes. Des mouvements brusques et inhabituels alerteront les autorités kenyanes qui pourront alors agir de manière plus ciblée.

Continuons avec le Nigéria. Depuis 2003, ce dernier a déjà eu trois satellites d’observation de la Terre placés en orbite avec succès, à savoir : NigeriaSat-1, NigeriaSat-2 et NigeriaSat-X. Pour la petite histoire, NigeriaSat-1 a été en 2005 le premier satellite à transmettre des images de la côte Est des Etats-Unis qui venait d’être touchée par l’ouragan Katrina. Les deux autres ont été lancés depuis la base russe de Yasni en 2011, mais ont été entièrement conçus par des ingénieurs nigérians. Les instruments à leur bord leur permettent de fournir des informations utiles pour gérer les forêts ou encore pour surveiller les inondations et les sécheresses.

L’apparition de petits satellites a rendu plus abordables sur le plan financier et technologique les satellites de télédétection. Une équipe d’ingénieurs ghanéens de l’université « All Nation » a ainsi construit un microsatellite d’un kilogramme équipé d’une caméra haute résolution. Il a été envoyé en orbite depuis le module japonais de la station spatiale internationale. Il peut surveiller les côtes de ce pays. Cette université ayant maintenant prouvé ses compétences souhaite monter un deuxième projet de satellite capable de contrôler l’exploitation illégale des minerais et la déforestation dans le pays.

Je vous ai beaucoup parlé de l’Afrique, mais j’aurais également pu vous parler des relations de l’Inde, de l’Indonésie et du Vietnam et bien d’autres encore avec les technologies spatiales pour l’observation environnementale de la Terre.

Pour terminer, il ne faut pas non plus être naïf. Les projets de satellite servent souvent des intérêts à la fois civils et militaires. Le tout premier satellite marocain dénommé Mohammed VI – A, qui a été mis en orbite par le biais d’un lanceur Vega depuis la base de Kourou en novembre 2017, a certes officiellement pour mission d’aider à la prévention et à la gestion des catastrophes naturelles, tout comme au suivi des évolutions environnementales et de la désertification. Mais il est de fait équipé d’applications militaires, ce qui le range dans la catégorie des satellites espions.

Pour autant, restons sur une note optimiste. En juin 2018 le bureau pour les affaires spatiales de l’ONU organisera l’exposition Unispace +50. La finalité de l’événement sera de construire avec toutes les parties prenantes des pays développés ou en développement, un agenda pour 2030 contribuant à atteindre les objectifs du développement durable.