Réintroduction des loups à Yellowstone : les bienfaits de la prédation

Sous le mandat de François Hollande, la France a adopté, par la voix de Ségolène Royal, alors Ministre de l’écologie, une bien étrange loi : le prélèvement d’une quarantaine de loups par an pour préserver les élevages, notamment de brebis. La nécessité économique d’une telle mesure est évidente, mais son fondement écologique est douteux, quand l’on sait que tuer un chef de meute rend les autres loups davantage susceptibles d’attaquer les animaux domestiques.

Il y a un peu moins d’un siècle, les loups faisaient partie du paysage français, mais ils ont disparu. Avant de faire leur réapparition dans les années 90 dans le Mercantour. Les années 90, c’est aussi la période où la réserve naturelle de Yellowstone a choisi de réintroduire l’espèce, et avec elle, la biodiversité.

Une chronique de Cathy Dogon

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Le sujet fait débat en France. Les éleveurs de brebis se battent contre les loups, parce qu’ils y voient une menace pour leurs troupeaux. Ailleurs, le loup est le symbole du retour de la biodiversité. Comment un être prédateur peut il permettre à des espèces de se réinstaller l’endroit qu’elles avaient déserté ?

350 à 400 loups vivent en France. Répartis en une cinquantaine de meutes, ce sont des loups gris (canis lupus). Ils appartiennent à la famille des canidés comme le chien ou le renard.

L’espèce avait disparu de l’Hexagone dans les années 1930. Venus d’Italie, il y a vingt-cinq ans, des loups ont investi le sud des Alpes et la Provence, riches en gibier et en moutons. Les meutes ont entamé leur retour dans le Mercantour (sud des Alpes) au début des années 1990.

Pour se nourrir, l’animal aurait tué plus de 11 000 bêtes en 2017 en France, en grande majorité des ovins. A titre de comparaison, le cheptel était estimé en 2016 à environ 7 millions de bêtes. Pour contrer les pertes, l’Etat français aurait versé 3,2 millions d’euros d’indemnisations en 2016.

Depuis la décision de Ségolène Royal sous le quinquennat Hollande, une quarantaine de loups peut être tuée par an. On parle de prélèvement. Mais tuer des chefs de meute augmente les risques d’attaque. Si ce sont des mâles dominants, la meute se disperse. Les loups solitaires se voit obliger d’apprendre à chasser seuls, et ils sont davantage susceptibles d’attaquer des animaux domestiques.

Cette situation ne va pas aller en s’améliorant, parce que l’Etat ne propose pas de solutions viables pour les éleveurs. Et on estime la croissance de l’espèce à 500 loups d’ici 2023. Faisons un bond vers le futur en faisant un bond dans le passé, grâce à l’exemple du parc protégé de Yellowstone, aux Etats Unis.

En 1995, 14 loups ont été réintroduits dans cet immense espace vert, connu pour son volcan et très apprécié des grimpeurs. Avec l’espèce, c’est en fait toute une faune et une flore qui ont été réintroduite :

Les cerfs se sont échappés des vallées et des gorges pour fuir les loups, de peur de se faire bouffer. Jusqu’alors, le surnombre de wapitis détruisait les vastes zones de végétation. Après la réintroduction du loup, arbres et arbustes ont peu à peu repoussé.

Pour le plus grand plaisir des insectes et des oiseaux ! Ces petits animaux se sont installés dans le feuillage. Les ours gourmands sont venus se nourrir des baies. Les castors ont utilisé les branchages pour la construction de barrages.

Les loutres se sentaient désormais en sécurité, tout comme les ragondins, les canards et les poissons.

L’accroissement de la végétation a commencé à limiter l’érosion des sols et stabiliser les berges des rivières.

Parce que les loups tuent les prédateurs des lapins et des souris, la population des rongeurs a augmenté. Un délice que n’a pas tardé à engloutir les aigles, les corbeaux, lynx, belettes, scarabées, et autres charognards.

Les carcasses sont aussi bénéfiques pour les sols. Elles apportent des nutriments comme l’azote.

Schéma tiré d’Ebdo, du 12 janvier 2018

Voilà comment la prédation peut aussi être synonyme du retour de la nature.