Vive le stress en vacances !

Une chronique de Floriane Brémond

Et si je vous disais qu’il peut être bon d’avoir des vacances stressantes, si je vous disais que le stress est un éternel incompris, si je vous disais qu’écouter cette chronique pourrait vous sauver la vie, l’écouteriez-vous.. ?

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Aujourd’hui, le stress nous est présenté comme le diable en personne. De nombreuses méthodes de lutte contre cet état nous sont vendus au quotidien. Le stress serait à l’origine de maladie cardio-vasculaire et cérébro-vasculaires, d’hypertension, de trouble respiratoires, de l’humeur, du sommeil,  de la sexualité, etcetera.

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’avec tous ces effets, le stress serait un facteur de mortalité non négligeable. Il deviendrait alors primordiale d’éviter les situations et les états de stress. Certains parlent même de guérir le stress.

Or nombre de personnes investissent les vacances comme une coupure avec le stress, notamment avec le stress au travail. Cette coupure permettrait de se ressourcer avant de replonger dans le tourbillon infernal qui nous attends de retour à la vie normale… Mais moi, personnellement, passer des jours dans une station balnéaire à ne rien faire sur la plage, ça me barbe !

Et si je vous disais plutôt : Stressez-vous bordel ! Vive le stress en vacances !

Je vois autour de moi mes amis chroniqueurs qui pensent désormais que je suis une psychopathe pleine de mauvaise intentions envers nos auditeurs. Au contraire ! Je ne veux que votre bien. Peut-être même que des vies seront sauvées grâces à ce conseil. Laissez-moi vous expliquer, en commençant par une définition du stress.

Le stress, c’est un mécanisme d’alerte et un outil de survie. En effet, le cerveau déclenche ce processus lorsqu’il détecte un risque, un danger ou une situation tendue. Il libère alors différents signaux, qui vont venir modifier l’activité physique et cérébrale afin de permettre à l’individu de mieux réagir et assurer sa survie face à une situation menaçante.

Vous l’aurez donc compris avec cette définition, le stress n’est pas une maladie à soigner, mais bien un processus adaptatif tout à fait utile pour la survie

Malgré tout, est-ce vrai que le stress pourrait être nocif pour la santé ? Car s’il est facile de deviner l’avantage que l’état de stress procurait à nos ancêtres, qui se trouvaient ainsi plus aptes à réagir pour se protéger face à l’attaque d’un ours vénère, on peut en revanche se demander si le stress est toujours utile de nos jours.

Face aux dangers modernes que sont les évaluations annuelles, les présentations de projets, etc, qui n’a jamais connu cette gorge qui se serre, cette voix qui s’affaiblit, ces mains qui tremblent, ces trous de mémoires et autres effets désagréables ? Si en plus cela doit diminuer la durée et la qualité de vie, autant s’en passer !

Chers auditeurs, pensez à mes amis chroniqueurs qui stressent en direct à mes côtés, à ce qu’ils sacrifient pour vous et par amour de la science..!

Mais en fait, ce qui est bloquant avec le stress, ce n’est pas le stress en lui-même mais bien le sens qu’on lui attribue et l’émotion qui y est associée. Les effets que je viens de vous lister ne m’arriveront que si je me dis que le stress n’est pas bon et qu’il me fera perdre mes moyens. Ce qui me bloque dans ce cas, c’est la peur.

En revanche, si je me dit que mon corps réagit et se prépare au challenge pour que mon cerveau et mon sens de l’observation soient au maximum de leurs capacités, si je pense que c’est le signe que je suis prête à donner le meilleur de moi-même, alors je ne me sentirais pas effrayée, mais bien rassurée, enthousiaste et courageuse.

Créateur de la notion de stress, médecin, endocrinologue et biochimiste, Hans Selye parlait de bon et de mauvais stress. Selon lui, il est possible d’entraîner un individu à mieux réagir à l’état de stress.

Vous vous demandez probablement comment cela pourrait être possible…

Et bien, Jeremy Jamieson et ses coéquipiers de Harvard ont publié en 2011 une étude intitulée « Mind over Matter : Reappraising Arousal Improves Cardiovascular and Cognitive Responses to Stress ». Tout est dit, ou presque, dans ce titre que l’on pourrait traduire par « L’esprit plus fort que la matière : réévaluer l’excitation améliore les réponses cardiovasculaires et cognitives au stress ».

Cette étude révèle que la réponse physiologique du processus de stress varie selon la manière dont les sujets perçoivent leur stress. Les personnes auxquelles le stress est présenté comme positif se montrent plus confiantes lors de situations stressantes. On n’observe pas de vasoconstriction du système vasculaire, donc pas de risque d’hypertension ni de complications cardiovasculaires et cérébrovasculaires.

D’autres études révèlent que le stress peut partager des effets bénéfiques communs avec la relaxation. Vous rappelez-vous la longue liste de troubles secondaires au stress que j’ai listé dans mon introduction ? Et bien oubliez-les ! Et sachez que le stress peut avoir les exactes effets inverses : une bonne tension artérielle, un cœur et un cerveau en bonne santé, un sommeil de qualité, une humeur équilibrée… et une libido en béton ! Pas mal, non ?

Concernant la mortalité liée au stress, une étude saisissante a été publiée en 2013 par Alia Crum et son équipe de l’université de Yale, intitulé « Rethinking Stress : the role of Mindsets in Determining the Stress Response », ce que l’on pourrait traduire par « Repenser le stress : le rôle des croyances dans la détermination des réponses au stress ».

Les résultats sont étonnamment simples. Le stress répété génère effectivement des troubles secondaires et augmente le risque de mort prématuré de 43%, mais seulement pour ceux qui pensent que le stress est nocif ! C’est donc la croyance en la nocivité du stress qui peut être mortelle, pas le stress en lui-même !

A l’inverse, ceux qui pense que ce stress est bénéfique restent en bonne santé, même s’ils sont exposé fréquemment à des états de stress. A vrai dire leur espérance de vie est même meilleure que celle de personnes peu exposées au stress !

Enfin, voici un dernier éléments intéressant à prendre en compte pour vous créer un programme de vacances idéal pour votre santé. En cas de stress, le cerveau libère de l’ocytocine. Cette neuro-hormone stimule l’empathie, l’attachement et la recherche de compagnie. Elle est aussi produite lorsque nous partageons des choses agréables avec autrui, par exemple lors d’un câlin avec son cher et tendre, si nous confions nos soucis à un ami, quand nous rendons service, etc. Or, cette ocytocine a une action régénératrice et bienfaisante sur le cœur !

Vous la voyez la boucle bénéfique ? En cas de stress, le corps produit de l’ocytocine qui nous incite à être plus sociable, passer du temps avec autrui stimuler la production d’ocytocine, l’ocytocine régénère le coeur… Le stress peut donc vous permettre d’avoir un cœur de champion !

Si vous voulez en savoir plus à ce sujet, je vous invite à vous renseigner sur les recherche de Michael J. Poulin, psychologue et chercheur à l’université de Buffalo, qui révèle que le risque de mort précoce liée au stress diminue avec le degré de socialisation des personnes stressées, notamment lorsque ces personnes passe du temps avec leurs proches ou dans des associations solidaires.

Vous comprenez maintenant que le stress peut-être bon pour vous ? Désormais vous avez le choix entre essayer de passer des vacances détentes et zen en vous coupant du monde, de rester au calme à siroter des boisson detox, de passer votre temps allongé sur la plage à ne rien faire…

Ou bien de faire le tour d’Irlande en autostop avec un pote, de faire du kayak dans les gorges du Tarn, de repousser vos limites en affrontant le GR Corse, de s’investir un mois dans un voyage humanitaire… Bref, finis le dictat moderne de la détente ! Maintenant il est prouvé que les vacances-aventure sont aussi excellentes pour la santé !

Sources