Volcans : quelles différences entre Tahiti et Bora-Bora ?

Le territoire maritime de la Polynésie est grand comme l’Europe, alors que la taille des 118 îles ne dépasse même pas le double du territoire corse. Les 253 000 habitants du beau milieu du Pacifique vivent en fait sur des volcans. Ces bouts de paradis sont encore aujourd’hui un mystère scientifique. Les îles polynésiennes les plus anciennes se sont formées il y a 4 millions d’années, les plus récentes, il y a 50 000 ans. Voici leur évolution.

Une chronique de Cathy Dogon

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[Bruits d’une éruption volcanique] Ça, ce sont les prémices de vos vacances à Bora Bora. Bien loin du Ukulele et de la noix de coco sur la plage… Ce que vous venez d’entendre, c’est une éruption volcanique. La Polynésie française est en fait un immense champ de volcans, et si eux aussi viennent de la Terre, ils sont carrément plus coriaces que des champignons !

En 2018, on compte… 118 îles dans ces archipels du Pacifique. Leur point commun, c’est ce point chaud, qui a transpercé la couche terrestre il y a un paquet d’années.

Ce paradis sur Terre nous vient en fait tout droit de l’enfer ! Le bleu turquoise dénote pas mal du rouge vif des entrailles terrestres. Et pourtant ! Il y a plusieurs millions d’années, un filet de magma s’est faufilé jusqu’à la surface de la Terre pour évacuer son trop plein de chaleur. Cette roche en fusion a provoqué l’apparition de volcans.

Toutes ces îles que l’on voit dans des films hollywoodiens sont en fait les sommets de montagnes volcaniques.

Un point chaud, ou une zone chaude devrait on plutôt dire, est souvent à l’origine de plusieurs volcans. C’est en fait un agglomérat de roches très chaudes qui se liquéfient, se transforme en magma. Il vient buter contre la couche terrestre et s’infiltre dans ses fissures. A l’air libre, le magma crée ce que l’on appelle un volcan de point chaud. Ce point chaud peut rester actif des millions d’années ! Et il n’alimentera pas qu’un volcan… Parce le point chaud, à la différence du volcan, est fixe. L’île de Tahiti par exemple, se déplace de 11cm par an. Vous imaginez donc que les volcans de cette île sont bien loin de son point chaud originel, estimé à 50km aujourd’hui. En s’éloignant, les volcans ne sont plus alimentés, et finissent par s’éteindre.

Mais si les volcans deviennent inactifs, leur vie ne s’arrête pour autant pas là. Une fois émergé, le volcan continue son évolution, et continue surtout à bouleverser l’écosystème. Une faune et une flore se constituent autour de lui… Puis une barrière de corail, jusqu’à dessiner un joli lagon aux eaux turquoises autour de chaque (vieille) île.

La couronne de corail est plus ou moins complète autour des îles du Pacifique, en fonction de leur âge. La plus jeune île de l’archipel de la Société, en Polynésie française, s’appelle Mehetia. Elle, par exemple, ne possède même pas encore de barrière de corail.

Puis les choses se tassent… Les volcans, dans le Pacifique, perdent environ un centimètre par an. On appelle ça la subsidence. Pendant que les îles s’enfoncent (et cela n’a rien à voir avec le réchauffement climatique et la montée des eaux), le corail, lui, tente de rester à la surface. La barrière donne l’impression de s’échapper au large, alors que c’est l’île elle même qui disparaît.

C’est ce phénomène qui crée ces magnifiques auréoles bleu clair : les lagons, l’eau qui sépare les plages des premières frontières rocheuses aux reflets orangés. Les îles de la Polynésie sont alors protégées de la brutalité océanique par ce mur naturel.

Alors qu’il faut de bonnes baskets, voire même des bâtons de marche pour arpenter les îles les plus jeunes, et leurs lignes montagneuses, c’est plutôt “tongs et de cocktails” dont on s’arme pour les îles qui ont pris de l’âge. Vous venez d’apprendre, au détour d’une chronique aux airs d’ailleurs, la différence entre une île montagneuse comme Tahiti, qui culmine par exemple à 2 241m et Bora Bora, un atoll tranquille où siroter, les doigts de pieds en éventails. Plusieurs millions d’années d’évolution séparent ces deux îles.