Pour retrouver le droit chemin, partons à la Dérive !

Le 24 mars dernier, nous recevions Olivier Ertzscheid pour évoquer le cas des Google, Amazon, Facebook, Apple et autre Microsoft (les fameux GAFAM). La préparation de cette émission, Faites GAFA vous a été l’occasion d’une discussion avec Antoine Mestrallet, instigateur du collectif Hérétique. Des extraits de cet échange ont été diffusés dans l’émission : vous pouvez en retrouver ici l’intégralité.

Un article de Jérémy Freixas

La nouvelle religion du numérique

Drôle de nom que ce mot d’Hérétique pour un collectif qui n’en a pas moins une mission très sérieuse : participer à une “opposition à cette nouvelle religion qu’est le numérique”. Êtres humains ou entreprise, personne n’y est insensible. Cette religion propose pour les uns “une vie plus optimisée, plus efficace” et pour les autres la prophétie de “partir à la conquête du monde”.

Le collectif n’est pas le premier à tenter un pas de côté. Alors que penser de cette tentative supplémentaire d’aller vers un autre numérique ? Antoine Mestrallet indique que ce collectif cherche à explorer d’autres propositions de valeurs. Il ne s’agit pas par exemple de refaire un moteur de recherche hyper-efficace tout en limitant la captation des données privées. En gros, il ne s’agit pas de refaire ce qui fait la gloire des GAFAM en plus vertueux, mais de voir les choses autrement.

Se permettre de dériver

Dérive est le premier projet du collectif. L’idée ? Songer à d’autres modes de déplacement que celui proposé par Google Maps. Au lieu de vous donner l’itinéraire permettant d’atteindre votre point d’arrivée, Dérive vous en indique la direction à la façon d’une boussole et la distance restant à parcourir pour y parvenir. Hérétique vous propose ici de remettre un peu de surprise dans vos usages numériques. Il s’agit de chercher une autre voie que celle tracée par Google Maps où l’accumulation de données (photos, avis utilisateurs, horaires, etc) amène à rationaliser le moindre de nos mouvements.

En utilisant cette application, vous serez amené-e à vous poser vous-même plus de questions, à faire plus de choix. Vous reprendrez une grande partie du pouvoir de décision. Après la mode des smartphones, smartcities et autres smartmachins, est-ce une façon de rendre l’intelligence aux humain-es ? Antoine Mestrallet répond alors que “plus quelque chose est simple, plus il aura fallu de temps pour le créer”, ce qui semble correspondre à une autre forme d’intelligence. Rien de révolutionnaire dans la technologie utilisée ici : ce serait bien le manque de volonté d’explorer de nouveaux usages qui contraint le développement d’autres façons d’appréhender nos vies numériques, et non les limites matérielles.

La conception de l’application se démarque aussi par le fait qu’elle ne cherche pas être universelle. Dérive n’est par exemple pas adaptée pour un usage en automobile, et ne présente pas le même intérêt dans les villes sinueuses que dans des quartiers aux rues bien régulières. L’application s’utilise de façon plus sporadique que quotidienne. Cela n’en change pas moins notre rapport aux déplacements, comme le constate Valérie Sasportas, journaliste au Figaro. Le collectif cherche d’ailleurs à nouer des liens avec les acteurs du slow-tourisme pour promouvoir cette application. La flânerie pourrait inspirer les collectivités territoriales ou diverses organisations issues du monde de la culture ou de l’événementiel.

Laisser son jardin du web être sauvage

En attendant de retrouver le plaisir de vagabonder dans le monde réel (confinement oblige), Antoine Mestrallet nous invite à redécouvrir la cyber-flânerie, concept faisant référence au travail du journaliste et chercheur Evgeny Morozov. A l’heure actuelle, le web est divisé en tout autant de jardins privés qu’il existe de plateformes qui nous rendent captives et captifs (Facebook, Twitter, Netflix, etc). Celles et ceux qui cultivent ces jardins ont tendance à rendre les choses bien lisses et bien propres. Cela peut nous rassurer de voir ces étendues de pelouses bien tondues et bien entretenues. Mais il existe, par delà ces haies pas si difficilement franchissables, un web plus sauvage, plus divers, plus multiple, qui amène un peu de fraîcheur. Des lieux de découvertes et d’étonnement en place d’applications efficaces et fluides : en voici une belle promesse.